Hénin samedi soir, restreint (Parole en fête le lendemain)
2006 |
Il vaut la peine, en ce 2ème dimanche de carême, de bien se mettre dans les yeux cet Evangile de la Transfiguration.
Jésus, le prophète puissant, en paroles et en actes,
Jésus, l'habitué des montagnes,
d'où il parle aux foules,
et où il monte pour se tenir dans le silence de l'adoration,
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et il les emmène, eux-seuls, à l'écart, sur une haute montagne..
Et ce qui arrive alors à Pierre, Jacques et Jean, ce n'est pas seulement une vision, c'est une triple perception..
. une vision sûrement, celle de Jésus, transfiguré devant eux, d'une blancheur encore inconnue
. mais aussi une sensation, ils sont couverts de l'ombre d'une nuée, ils sont pris dans une nuée
. et c'est encore une audition : une voix se fit entendre : "celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le"
Triple perception..
. un Corps à voir
. une nuée à sentir
. une voix à entendre
Triple perception parce que Trinité de Dieu..
.. ce qui arrive pour nos trois disciples sur cette montagne, c'est une expérience trinitaire de Dieu..
Dieu en son Corps : Jésus, Christ, transfiguré
Dieu en son Esprit : la nuée
Dieu, Père : la voix
Ainsi: la transfiguration apparaît liée au mystère trinitaire qui se déploie sur le mont Thabor..
Et cela nous sort de nos idées parfois trop étroites, trop figées de Dieu, afin de laisser Dieu advenir pour nous en ce qu'il est : richesse, circulation, dynamisme, énergie, relation, parole....
.. et puis.. amour infini.. mais amour en oeuvre, concret, précis..
"Celui-ci est mon fils bien-aimé" dit la voix..
.. bien-aimé.. fils bien-aimé..
Comme Isaac, le fils unique, celui qu'Abraham aime..
Deux pères, qui aiment leurs fils.. et prêts tous deux à les donner..
Et deux fils, un qui n'a pas compris, et l'autre qui sait.
L'un, Isaac qui ne peut pas savoir..
.. et sur le chemin qui mène à la montagne du sacrifice, Isaac interroge son père : la 1ère lecture a été coupée...
..Isaac interroge son père et lui dit : "il y a le bois, et le feu.. mais où est l'holocauste, le sacrifice, la bête"
Et Abraham répond :
"Dieu pourvoiera à l'agneau pour l'holocauste"..
"Dieu pourvoiera à l'agneau pour l'holocauste"..
Pure foi.. qui dit de toute façon ce qui sera, quelque soit ce qui sera.. que l'agneau soit Isaac ou un autre..
.. et puis réponse de pure foi qui anticipe l'histoire..
.. avec cette réponse d'Abraham, c'est comme si l'histoire était suspendue.. pour trouver son accomplissement deux millénaires plus tard........... avec Celui, qui à la différence d'Isaac, précisément sait, et peut accepter, en pleine liberté, en folle liberté, d'être l'agneau..
Effectivement, écrit Saint Marc, "en descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts"..
..Il sait et peut accepter d'être l'agneau, parce qu'il a complètement accepté d'être le bien-aimé du Père..
La transfiguration de Jésus consiste en la manifestation de l'amour du Père complètement accepté, assimilé par Jésus, comme une dyalise complètement réussie,
.. qui fait que Jésus apparaît déjà, pour ce qu'il sera..
sacrifice parfait, pur amour donné par Dieu aux hommes..
.. afin que les hommes sachent enfin, qu'ils sont eux aussi les bien-aimés de Dieu.. qu'ils entrent dans le circuit Trinitaire..
et donc que la transfiguration est aussi pour eux..
.. que la noirceur de leur mal à vivre et de leur péché est destinée à s'enfouir dans la blancheur immaculée de l'agneau..
Sur le Mont Thabor, c'est déjà le crucifié et le Ressuscité qui apparaît, et qui ainsi transcende l'histoire en son histoire même. Pâque du Christ..
Et j'ai en tête la fresque sur la Transfiguration de Fra Angelico dans la cellule n°6 au premier étage du couvent Saint Marc à Florence..
Jésus, démesurément grand, les bras étendus, apparaît tout en même temps comme le transfiguré, le crucifié, et le Ressuscité..
Et en ce corps démesurément grand, qui dit la grandeur infinie de l'homme quand il est infiniment aimé de Dieu,
En ce corps, j'imagine toutes nos figures,
vous savez, comme l'on fait parfois au catéchisme ou dans des aumôneries, une grande silhouette de Jésus, dans laquelle on colle de multiples visages..
Corps du Christ, que nous formons,
corps transfiguré, crucifié, ressuscité..
On a si peu parlé de l'assassinat d'une cinquantaine de chrétiens le 18 février dernier au Nigéria, et la destruction de 32 églises, suite à l'affaire des caricatures !
Corps transfiguré, crucifié, ressuscité..
Pâques du Christ.. Pâques de l'Eglise...
C'est notre chemin d'Eglise en ce carême..
.. mais ce chemin de mort et de resurrection ne peut que se situer dans la mouvance, dans l'empreinte, de Jésus-Christ..
Et avant la mort et la resurrection, il y a la transfiguration.
Il y a l'acceptation d'être fils-bien aimés.. follement aimés..
Il y a à vivre cette expérience d'être collectivement transfigurés, et donc de vivre ensemble dans le dynamisme et dans l'énergie de Dieu, dans une circulation vitale d'amour infini..
La Pâques de l'Eglise commence ici.. nous sommes appelés à former un peuple de transfigurés, dyalisés par Dieu..
rayonnants par la force de l'Esprit-Saint..
en paix profonde.. dans la joie..
Pâques, Transfiguration de l'Eglise, non pour elle, pour nous..
.. mais pour le monde.. qui crève de défiguration..
qui crève de défiguration
et qui gémit par l'homme défiguré, qui souffre et qui meure aux 4 coins de notre planète..
qui crève de défiguration
et qui appelle, ici et maintenant, les acteurs de transfiguration,
.. de transfiguration relationnelle, interpersonnelle..
.. de transfiguration économique, politique, culturelle..
.. de transfiguration internationale
.. de transfiguration spirituelle aussi.. car il se pourrait bien qu'ici réside en définitive la clé des autres..
.. seront seulement acteurs de vraie transfiguration, ceux-là seuls qui seront transfigurés..
Frères et soeurs, nous sommes encore au début du carême.
Le disciple n'est pas au-dessus du maître..
Avant Golgotha, il y a le Thabor.. la montagne de la transfiguration..
Avant la mort et la resurrection, il y a la transfiguration..
.. l'acceptation pleine, complète, de l'amour incandescent..
ici et maintenant..
... "tu / es / mon fils bien-aimé"
... combien de fois, combien de fois Jésus avait-il entendu cette voix de son Père, alors qu'il était seul sur la montagne et que la nuée le prenait lui seul..
... et de même, c'est dans le silence de la longue prière auprès de Celui qui nous aime qu'il nous faut prendre le temps de l'écouter, inlassablement, nous dire :
"tu / es / mon fils bien-aimé"..
... c'est à la mesure du temps passé sur la montagne, seul à seul avec notre Dieu, pris dans la nuée de l'Esprit-Saint, dans la contemplation, l'adoration, dans cette blancheur, cette pureté de notre baptême en train de se refaire,
.. c'est à la mesure de ce temps passé, que nous redescendrons transfigurés dans la plaine pour filer droits, et joyeux, sur les chemins de notre Seigneur, ceux qu'il ne cesse de nous indiquer au détour des sentiers, pour le salut de notre monde..
Et, en ce carême, nous sommes presque plus chanceux que Pierre, Jacques et Jean..
Eux, virent la transfiguration de Jésus, s'imposant à eux de l'extérieur.. et la mort et la résurrection de Jésus comme seulement préfigurées..
Nous, nous célébrons la mort et la ressurrection de Jésus, déjà advenues, et rendues présentes, vives, en chaque Eucharistie..
Abraham, dans un cri de foi, l'avait annoncé :
"Dieu pourvoiera à l'agneau pour l'holocauste"
St Paul, dans un autre cri de foi, l'avait affirmé :
"Il n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous
Et tout-à-l'heure, nous le redirons..
"prenez et mangez, ceci et mon corps..
Et nous mangerons, nous mangerons l'agneau..
De sorte que ce n'est pas seulement de l'extérieur que la transfiguration du Christ nous atteint..
... en son corps et son sang, Christ vient à l'intérieur de nous-mêmes pour nous transfigurer.. à son image..
C'est le Curé d'Ars qui disait :
"quand on fait la sainte communion on sent quelque chose d'extraordinaire, un bien-être qui parcourt tout le corps et se répand jusqu'aux extrémités, c'est Notre Seigneur qui se communique à toutes les parties de notre corps et les fait tressaillir !
Amen..