Nous nous souviendrons de ce 11 novembre 2007 : non pas parce que seuls deux poilus de la grande guerre sont encore là mais parce la St Martin , cette année, nous est donnée un dimanche ! C’est la fête de notre grande église en voie de restauration… C’est aussi la fête de l’église, plus intime, de Beaumont… Et encore celle de St Martin de Carvin et de St Martin de Liévin et aussi de 3600 autres églises, et de 485 localités de France qui portent le nom de notre saint patron. A la lumière de la Toussaint toute récente, nous pouvons nous réjouir de la notoriété de Martin : combien de milliers de vitraux ou de statues font mémoire de son geste de générosité, quand il a coupé son manteau pour en revêtir le pauvre rencontré aux portes de la ville d’Amiens. Nous devons aussi essayer de chercher comment sa belle aventure, qui a bouleversé la France de son époque, peut encore éclairer nos questions et nos expériences d’aujourd’hui. St Martin – témoin d’espérance - pour ce temps !
La France vivait déjà au rythme de l’Europe puisque Martin est né en Hongrie… Il faudra qu’il marche jusque Amiens en Picardie pour que sa vie soit bouleversée. Il était soldat, dans les légions impériales ; il portait donc le casque et l’épée… C’est un homme formé pour les batailles que Dieu a choisi pour en faire un héros de la paix ! Martin nous apprend que l’influence de Dieu s’exerce sans limite, chez des hommes et des femmes de toutes professions, y compris là où nous pensons que les responsabilités peuvent éloigner du message de l’Evangile. Nous avons tous connu, dans le monde des gendarmes et des policiers, des militaires et des gardiens de prison, des chrétiens généreux qui s’efforcent de vivre l’Evangile dans la complexité de leurs responsabilités ; on y appelle des diacres pour qu’ils soient témoins de la bienveillance de Dieu pour tous. Rendons grâces à Dieu qui choisit et appelle qui il veut, au delà de toutes les étiquettes sociales.
Martin a la chance de vivre une expérience spirituelle forte et déterminante pour toute sa vie. Le début de cette expérience est de lui : c’est la générosité de son cœur qui parle… Il observe la présence d’un mendiant qui a froid. Spontanément, sans hésiter, son épée devient l’instrument de sa charité : il coupe le manteau qui est le signe de son autorité pour en revêtir le pauvre… Non seulement le pauvre échappe quelque peu au froid qui l’envahissait ; mais voici que, grâce à Martin, sa pauvreté est habillée du prestige de l’uniforme du citoyen romain. La suite de l’expérience spirituelle vient de Dieu. C’est le rêve fameux où Martin est enseigné du message de l’Evangile. Il voit Jésus lui-même qui parle : « J’avais froid, mais le catéchumène Martin m’a réchauffé » Martin comprendra qu’il a mis en pratique, avant même peut-être de la connaître, cette belle parole de Jésus qui illumine tous nos gestes de vraie charité : « Tout ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » C’est Jésus qui se tenait dans le froid, aux portes de la ville d’Amiens. Dès lors, le soldat n’aura plus qu’à recevoir je baptême pour devenir définitivement l’ami de Jésus. Rendons grâces à Dieu pour tous les Martin de ce temps ? Combien sont-ils qui vont à contre-courant de la vague d’individualisme, d’égoïsme ou de matérialisme qui submerge notre société pour sauver l’amour et le partage. Beaucoup ne s’engagent pas au nom de la foi chrétienne et rares sans doute sont ceux qui ont la grâce de découvrir la présence aimante de Jésus à leur côté. Mais nous savons, et nous nous réjouissons de savoir que, si Jésus habite le cœur du pauvre qui mendie, il est bien présent aussi, invisible, dans le cœur de celui qui consacre son énergie à rayonner solidarité et charité.
Cette expérience spirituelle bouleversera la vie de Martin ; il devient prêtre, puis évêque, évêque missionnaire, fondateur de monastères… On le considère surtout comme l’évangélisateur des campagnes de France. A l’époque, la foi chrétienne s’était répandue de villes en villes, en suivant les voies de communication. Les campagnes, plus sauvages, étaient restées en dehors de l’influence de l’Evangile. Les habitants des campagnes étaient des « païens », ignorant tout de l’histoire d’un certain Jésus ! Martin forme des missionnaires ; il les envoie en Beauce, en Picardie, dans l’Anjou et la Touraine et jusqu’à l’actuel Luxembourg… Et peut-être aussi chez nous. On construit des églises ! On forme des communautés chrétiennes, les futures petites paroisses que nous avons connues. C’est grâce à lui que notre pays s’est ouvert, pour des siècles, à la foi chrétienne qui marquera des générations. Rendons grâces à Dieu pour cet immense élan d’enthousiasme et de générosité jailli du cœur d’un homme qui a rencontré Jésus-Christ ! On a souvent dit que St Martin, qui, comme St Paul, a été illuminé par Jésus en chemin méritait d’être comparé aux premiers apôtres : ceux qui ont vu et touché Jésus pour en être des témoins audacieux.
Malheureusement, il faut bien reconnaître que les fruits du travail de St Martin, évidents au long des siècles passées, n’apparaissent plus guère aujourd’hui. Les campagnes, comme les villes, sont redevenues païennes. Le monde a radicalement changé ; la culture est totalement différente. Les campagnes, comme les villes, sont redevenues païennes. On se pose la question de l’entretien ou de la disparition des églises construites par St Martin.. Il nous faut donc une nouvelle évangélisation, pour un monde nouveau. Nous avons besoin de nouveaux Martin. Mais les saints fêtés récemment, comme St Martin, sont là pour nous donner confiance et espérance. C’est Dieu qui les a choisis, appelés, transformés. Dieu est fidèle ! A chaque époque il a offert les missionnaires nécessaires pour chaque époque ! Sa bonté n’a pas de limite ; il saura bien susciter les personnalités nécessaires pour reprendre, d’une manière adaptée aux nouvelles circonstances, l’œuvre entreprise autrefois par notre saint patron. Encore une fois, rendons grâces pour celui que nous fêtons aujourd’hui, et supplions et rendons grâces à l’avance pour tous les St Martin qui mûrissent dans le cœur de Dieu. Amen. |