Les lectures de ce jour nous conduisent à nous demander ce qui a du poids dans notre vie, ce qui compte, ce sur quoi on mise… ce qui fait qu'on réussit notre vie..
ou inversement qu'on passe à côté…
…qu'on la rate…
La première lecture et l'Evangile nous indiquent qu'on peut se laisser piéger… qu'on peut rater sa vie…
La première lecture en décrivant ironiquement combien il est absurde qu'un homme qui s'est donné de la peine durant toute son existence, doive finalement à cause de sa mort laisser son bien à quelqu'un qui ne s'est donné aucune peine… qui peut être même est un fainéant…
Et dans l'Evangile, Jésus rapporte l'histoire de cet homme qui construit des greniers de plus en plus grands pour entasser son blé…
Il a construit la réussite de sa vie sur le stockage… en vue d'être tranquille pour ses vieux jours…
… et voilà que sa vie lui est reprise…
Et Jésus dit : "ce que tu auras mis de côté qui l'aura ?"
Dans ces deux lectures, c'est la question de la mort qui se trouve être proposée comme clé pour interpréter le sens et la valeur de la vie.
Cela me fait penser à une histoire qu'on raconte aux Etats-Unis… il paraît que c'est une histoire vraie…
C'est l'histoire d'un homme qui a accumulé beaucoup d'argent, et qui y est terriblement attaché… au point que sur son lit de mort, il demande à ses enfants de promettre de mettre tout son argent dans son cercueil…
Vous imaginez le contexte, au chevet de leur père mourant, les enfants déconcertés font la promesse…
Vient la mort de cet homme… et les enfants se réunissent… ils ont promis… que faire ?
Un des enfants trouve soudain cette idée : on va faire un chèque à notre père du montant de sa fortune, et on mettra le chèque dans son cercueil….
Ainsi firent-ils… pour leur plus grande économie…
Donc, revenons à nos lectures, la question de la mort se trouve être proposée comme clé pour interpréter le sens et la valeur de notre vie.
Voilà quelque chose d'essentiel à recevoir comme tel.
Et de fait plus nous avançons dans la vie, et on avance quand bien même on est jeune, plus on avance dans la vie, plus –c'est une évidence- plus nous nous rapprochons de notre mort… plus le temps qui nous reste à vivre est limité…
Et cette perspective de notre mort de toute façon à venir peut imprimer en nous deux réactions :
… la première l'angoisse et une certain résignation, une peur qui fait qu'on va tenter de meubler, de remplir, d'utiliser quelque chose qui fonctionne comme des coupes-faim…
Vous savez que de la même façon qu'on tente de vaincre un stress ponctuel en mangeant quelque chose comme pour l'étouffer, et bien de la même façon par rapport au stress sur tout l'arc de notre existence et la mort plus ou moins à l'horizon, on peut utiliser des coupes-faim… qui vont prendre la forme par exemple de l'accumulation successive de biens matériels, pas forcément utiles, pas forcément ordonnés à notre bonheur… et qui vont fonctionner un peu à la façon de suppositoires qui viennent calmer l'angoisse de la mort de toute façon à venir…
voilà c'était une première réaction : l'angoisse et la résignation.
L'autre façon de réagir est la suivante : puisque de toute façon le temps m'est compté, puisque ma mort se rapproche, puisque le jour, le mois, l'année que je suis en train de vivre sont complètement uniques, irrépétables…
je ne vivrais plus jamais l'année
que je suis en train de vivre…
comme ma vie est irrépétable, je n'en ai qu'une et il m'importe de la réussir…
puisque le temps est court, alors je vais imprimer une force, un élan, un projet
à ce temps devant moi qui est encore à disposition….
puisque le temps est court, je veux le remplir en affirmant ce que je suis, en affirmant mon être face à la fluidité du temps qui passe.
Voyez-vous, dans cette seconde façon de réagir, il s'agit de penser sereinement à notre mort… de se réconcilier avec elle… pour pouvoir se poser la question : au soir de ma vie terrestre, qu'aimerais-je avoir réussi… et bien entendu réussi non en terme d'avoir, mais en façon d'être… car avec notre mort, nous embarquons notre être vers la vie éternelle… alors que notre avoir se sépare de nous…
Notre capacité à penser sereinement à notre mort est une clé pour interpréter correctement notre vie…
Il s'agit de partir de notre fin, de la vie éternelle à laquelle nous sommes appelés… cette vie dans la gloire de Dieu, dans la connaissance amoureuse de Dieu… cette vie large, infinie… la vie même de Jésus-Christ…
Et partant de cette fin à laquelle nous sommes conviés, nous sommes invités, parce que le temps presse, à anticiper dès maintenant, au quotidien ce que nous vivrons pleinement demain….
… et donc à décliner la vie éternelle dans le quotidien de notre existence…,
... à vivre les mœurs du ciel au cœur de notre monde…
… à vivre l'éternité au cœur de la temporalité…
Frères et sœurs, vous êtes ressuscités dans le Christ.
Recherchez donc les réalités d'en haut :
C'est là qu'est le Christ,
assis à la droite de Dieu.
Tendez vers les réalités d'en haut…"
C'est-à-dire tendez vers ce qui n'a pas de fin…. ce qui est éternel…
Tendez donc vers le Christ…
… voilà ce qui compte en définitive pour un chrétien…
… tendre à devenir sans cesse un peu plus comme le Christ…
Voilà ce qui doit donner son poids à notre vie…
.. tendre à devenir sans cesse un
peu plus comme le Christ….
Et plus nous cultivons cet idéal, au plan de nos pensées, de nos représentations de ce qui compte dans la vie… de ce que nous voulons réussir…
Donc plus nous cultivons cet idéal, et plus nous le mettons en pratique…
…et plus notre être se restructure…
Se restructure, ça veut dire quoi ?
Ca veut dire que progressivement,
s'écartent de nous des comportements anciens, des agissements anciens, qui ne
correspondent pas à notre idéal chrétien…
… St Paul dit :
"Débarrassez-vous des agissements de l'homme ancien qui est en vous…"
A chacun, à chacune, de mettre le doigt sur ce à quoi cela correspond chez lui…
On sait tous ça, ces agissements qui sont les nôtres et qui ne correspondent pas à ce que nous voulons être… vous savez ces agissements où on a l'impression de se faire avoir… encore…
Et la technique pour se débarrasser des agissements de l'homme ancien qui est en nous, c'est de revêtir l'homme nouveau…
Celui que le Créateur refait toujours neuf à son image…
C'est important ces mots de Paul
"celui que le Créateur refait toujours à neuf".. cela signifie qu'il s'agit d'un
processus permanent… de restructuration de notre être… un perfectionnement
permanent…
… qui n'exclut pas les chutes et les quelques retours arrière…
Mais Dieu ne cesse de nous refaire à neuf… quelle espérance…
Donc je résume :
1.
penser à notre mort de toute façon
à venir, dans un an, 10, 20, 50 ans ou cet après-midi… penser à notre mort, et
se réconcilier avec elle…
2. considérer ce que nous voulons réussir… en clair la déclinaison, l'interprétation dans l'existence qui est la nôtre de la vie à la façon de Jésus-Christ…
3. s'engager résolument en réponse à la grâce active de notre baptême à un processus de restructuration permanente de notre être, qui fait que progressivement s'écartent de nous les agissements de l'homme ancien, pour que le Christ soit de plus en plus tout en nous.
Amen.