Je vous propose de nous arrêter ce soir sur la deuxième lecture : l'apocalypse : la vision de Jean..
.. Jean qui écrit : j'ai vu un ciel nouveau, une terre nouvelle,
j'ai vu descendre du ciel la cité sainte..
Oui, une vision de Jean..
.. j'ai envie que nous nous arrêtions ce soir sur ce texte, parce que dans notre monde qui fonctionne beaucoup à l'image, il est bon que nous entrions dans les images que nous propose la liturgie...
Car pour vivre, nous avons besoin d'images,
et nous avons besoin de rêves..
J'avais un professeur qui disait : celui qui n'entretient pas ses rêves, sa mort sera triste..
Oui, pour mourir, mais d'abord pour vivre maintenant, il faut entretenir en nous des rêves.. des visions de l'avenir...
Alors entrons dans cette vision de l'apocalypse.. d'autant que ce n'est pas qu'un rêve... c'est une vision de ce qui va advenir.. puisque le texte que nous avons entendu se terminait de la façon suivante :
"celui qui siégeait sur le trône déclara : "voici que je fais toutes choses nouvelles"
.. mais si vous allez voir dans la Bible comment ce texte se poursuit vous trouvez ceci :
"puis il ajouta : "Écris : Ces paroles sont certaines et vraies".
Alors puisque cela est certain et vrai, dans la confiance de la foi, essayons de pénétrer plus avant dans la signification de cette vision et dans sa pertinence pour la vie qui est la nôtre.
Pour bien comprendre cette vision de la Jérusalem nouvelle, il faut commencer par saisir que la Jérusalem est bien entendu la figure de la cité, mais de la cité qui aurait les dimensions du monde..
.. une cité si vous voulez apte à contenir toute l'humanité.. l'ensemble des citoyens.. des habitants de la terre.. et du ciel.. sous-entendu tous ceux qui sont déjà morts..
Pour mieux comprendre encore, il faut avoir en tête que ce qui précède cette vision de la Jérusalem nouvelle dans le livre de l'Apocalypse, c'est la vision de la chute de Babylone..
.. et Babylone si vous-voulez, c'est l'autre cité.. ou plutôt la même, elle aussi s'étendant et figurant toute l'humanité, mais obéissant à d'autres dieux..
Babylone, c'est la prostituée.. pire encore, c'est la prostituée "fameuse" nous dit le texte..
"Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre"
C'est elle qui règne sur les rois de la terre qui ont forniqué avec elle..
Les trafiquants de la terre -vous voyez facilement combien ce terme "trafiquant de la terre" est compréhensible aujourd'hui..
Les trafiquants de la terre nous dit la Bible se sont enrichis du luxe effréné de Babylone..
"ses péchés se sont amoncelés jusqu'au ciel "
Voilà Babylone..
Et la 1ère vision c'est celle-ci : Babylone est tombée.. en une heure, Babylone est tombée..
Babylone ne règne plus sur cette terre.. une heure a suffi pour ruiner tout son luxe... tout son or, son pourpre, son écarlate.. ses pierres précieuses et ses perles..
Babylone est tombée... les rois de la terre sont libérés..
Voilà, avec ça dans la tête, et dans les yeux, il nous est plus facile d'entrer dans la vision de la Jérusalem céleste..
"Moi, Jean, j'ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et il n'y avait plus de mer.."
Vous comprenez.. la première terre, c'est la terre dirigée par Babylone..
.. et la mer, la mer, c'est toujours le symbole de l'ensemble des forces du mal et du péché.. (c'est pour ça que Jésus marche sur les eaux)
.. donc, forcément il n'y a plus de mer..
Et poursuit Jean,
"J'ai vu descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle.."
Pourquoi descend-t-elle du ciel cette terre nouvelle... ?
Elle descend d'auprès de Dieu, parce qu'elle est un don de Dieu..
C'est bien cela qu'il faut comprendre dans cette vision descendante,.. qui part du haut, donc De Dieu..
La terre nouvelle, l'inverse de Babylone... celle qui n'est pas prostituée à d'autres dieux, aux dieux de l'argent, du trafic, de l'exploitation de la terre et de ses habitants..
.. la terre de justice, de paix... elle est à accueillir comme un don du ciel..
.. c'est dire que nous ne la construisons pas à partir de nous-mêmes..
.. car quand l'homme régit la terre à partir de lui.. il devient esclave de lui-même..
Cette vision descendante de la terre nouvelle qui nous vient comme un cadeau de Dieu nous dit toute la structure de la foi chrétienne.. essentiellement une réception.. cela veut dire que désormais, notre façon même de vivre et d'organiser la marche de notre planète, est à recevoir d'en haut.. est à accueillir comme cadeau...
En ce sens cette vision, qui est une vision de la fin des temps, de ce qui adviendra à la fin, est en même temps une vision à anticiper aujourd'hui dans la façon même de concevoir notre existence : nous recevoir de Dieu.. et recevoir sans cesse de lui, la terre que nous avons à vivre..
En ce sens toute vision chrétienne de ce monde est à l'inverse d'une vision sécularisée..
Non pas seulement demain.. pourquoi ?
Parce que précisément, cette lutte entre Babylone et Jérusalem, entre le règne de Satan pour faire court, et le règne de Dieu..
Cette lutte a été menée.. et elle a été gagnée..
La croix a vaincu l'enfer pouvons-nous encore lire sur la façade de cette église.. la croix a vaincu l'enfer et le Christ est ressuscité.. c'est la victoire de l'agneau,
... c'est la victoire de l'humilité, de l'amour contagieux...
La lutte entre la terre ancienne et la terre nouvelle est gagnée.
Ce qui veut dire tout équivalemment qu'au plan personnel, la lutte existant en nous entre l'homme ancien et l'homme nouveau a été elle aussi gagnée..
Potentiellement, le péché n'a plus de prise sur nous.. c'est ce qui permet à saint Paul d'écrire : vous chrétiens, qui avez mis votre foi en Christ, vous n'êtes plus sous l'emprise du péché.. c'est fini.. vous êtes sous l'emprise du Christ... vous êtes pressés par l'amour du Christ.. l'amour nous presse...
Et quand on entend ça on se prête à rêver.. et on se dit .. si c'était vrai.. si c'était vrai que le péché n'est plus de prise sur moi.. si c'était vrai que je sois pleinement sous l'emprise du Christ, sou l'emprise de l'homme nouveau..
... si c'était vrai que j'étais à ce point ressuscité..
On se prête à rêver... et dans le même temps, la dure réalité nous rappelle que ce n'est pas tout à fait ça... et le tout à fait est bien souvent en trop..
Et pourtant, notre baptême fait de nous ressuscités... plongés dans la mort et la résurrection du Christ..
.. alors où se trouve donc le hiatus.. ?
.. où se trouve donc l'énigme... ?
.. il me semble : dans la foi..
ou plutôt dans le manque de foi..
.. nous nous prêtons à rêver.. mais nous n'y croyons pas vraiment.. ou plutôt, nous y croyons seulement pour demain..
.. nous n'y croyons pas vraiment pour aujourd'hui..
.. et c'est notre manque de foi, et seulement notre manque de foi qui nous laisse encore pour l'instant partiellement prisonniers de Babylone..
.. et c'est notre manque de foi qui nous empêche d'être véritablement ce que nous sommes : des citoyens de la Jérusalem céleste, des citoyens de la cité sainte.. des saints en fin de compte..
.. dire qu'il s'agit en définitive d'un manque de foi, ce n'est pas dire : c'est tout simple.. il suffit de..
.. non ce n'est pas simple de croire à fond, c'est-à-dire de nous livrer à ce qui est déjà advenu.. ce n'est pas simple..
.. mais ayant mis le doigt sur la cause, il nous est peut-être plus facile de parcourir le chemin qui nous sépare encore de ce que nous sommes..
.. des hommes et des femmes conformés au Christ, passés avec lui de la mort à la résurrection, capables d'aimer comme lui..
Essentiellement, c'est un chemin de foi qu'il nous faut parcourir... suspendus comme Jean à la vision du cadeau que Dieu nous livre..
Nous sommes la demeure de Dieu avec les hommes.
Dieu demeure en nous.. nous sommes son peuple.. Il est avec nous..
Il essuie toute larme.. tout pleur, tout cri, toute tristesse..
Frères et sœurs, Avançons simplement dans la foi. Il est ressuscité. Alléluia.
Amen.