« Oui, j'ai vraiment péché... en pensée, en parole, par action, et par omission »
Cette phrase que j'ai choisie comme cadre à la causerie de ce soir, cette phrase commence par un oui.
Elle commence par ce mot de 3 lettres qui dit une profonde ouverture de ce que nous sommes...
.. dire oui... cela suppose une question...
... dire oui, c'est donner une réponse à un autre...
Dire "oui, j'ai vraiment péché".... c'est d'emblée signifier qu'en matière de péché, je ne suis pas seul avec moi-même... mais qu'un autre pose la question et me convoque à répondre..
Dire "oui, j'ai vraiment péché.." c'est reconnaître qu'avant de confesser mon péché, je confesse celui à qui je répond... je confesse Dieu avant même que de nommer mon péché...
Cela est tellement vrai que précisément le confiteor commence par "je confesse à Dieu tout-puissant"...
Cela veut dire qu'avant d'examiner le péché qui est en moi, je commence par sortir de moi vers Dieu...
Tout commence par le fait d'aller vers Dieu... de me tourner vers lui... de nous tourner vers lui...
Sans cela, il n'y a pas de confession qui tienne... il y a de l'introspection, c'est tout.... ou plutôt non ce n'est pas tout... si nous ne commencions pas par nous tourner vers Dieu en confessant nos péchés, nous commettrions un péché grave au coeur même de notre confession : celui qui consisterait à nous passer de Dieu pour nous confesser et pour connaître notre péché.
Le psaume 36 nous met en garde contre cela...
.. en disant :
"il se voit d'un oeil trop flatteur pour découvrir et détester son tort.."
L'homme qui veut dire lui-même son péché s'illusionne..
Pourquoi ?
Parce que dit le psaume, le péché parle au fond du coeur du pécheur : "c'est un oracle pour l'impie que le péché au fond de son coeur"...
autrement dit, le péché peut parler en nous... et se substituer à la parole de Dieu... et ce faisant, le péché nous enferme en lui-même et nous empêche de craindre Dieu...
"c'est un oracle pour l'impie que le péché au fond de son coeur;
point de crainte de Dieu devant ses yeux..."
Si je veux me débrouiller seul sur la connaissance de mon péché, c'est lui qui me dominera...
Voilà pourquoi il est important ce oui, ce oui à Dieu....
Ce oui qui signifie, toi seul connaît mon péché... c'est vers toi que je me tourne pour connaître ce que j'ai fait de mal...
Voyez-vous la confession de Dieu est la condition de la confession des péchés..
Il faut se méfier... le péché parle en nous...
Alors méfiez-vous de ce que je vais vous dire... le péché parle aussi en celui qui parle du péché... parce qu'il est lui-même pécheur..
Méfiez-vous, faîtes la part.... de ce qui vient de Dieu...
Seul Dieu parle bien du péché...
J'ai toujours en tête cette phrase d'un de mes enseignants jésuites :
"Avant que d'être confessé, le péché est objet de révélation.."
Aussi nous avons à laisser Dieu nous dire notre péché et ce qu'il est : le péché est révélé avant que d'être confessé.
Et c'est pourquoi avant le oui que nous avons à dire, il faut entendre la question... écouter Dieu qui parle et qui parle du péché..
Ouvrant la Bible, nous entendons la Parole de Dieu parfois rude:
" Frémissez et ne péchez plus.." (Ps 4,5)
" Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché" (Heb 12,4)
Ou encore dans l'Epitre aux Romains (vous avez ce texte sur vos feuilles)... prenons le temps de le lire :
Lettre aux RomainsChapitre
1
18
Or la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre tout refus de Dieu, et contre toute injustice par laquelle les hommes font obstacle à la vérité. 19 En effet, ce qu'on peut connaître de Dieu est clair pour
eux, car Dieu lui-même le leur a montré clairement. 20 Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les oeuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle
et sa divinité. Ils n'ont donc pas d'excuse, 21 puisqu'ils ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu. Ils se sont laissé aller à des raisonnements qui ne mènent à rien,
et les ténèbres ont rempli leurs coeurs sans intelligence. 22 Ces soi-disant sages sont devenus fous ; 23 ils ont échangé la gloire du Dieu immortel contre des idoles représentant l'homme mortel ou des oiseaux,
des bestiaux et des serpents.
24
Voilà pourquoi, à cause des désirs de leur coeur, Dieu les a livrés à l'impureté, de sorte qu'ils déshonorent eux-mêmes leur corps. 25 Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont adoré et
servi les créatures au lieu du Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen.
26
C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. 27 De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels
avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne ce qui devait leur arriver pour leur
égarement. 28 Et comme ils n'ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à une façon de penser dépourvue de jugement. Ils font ce qu'ils ne devraient pas, 29 remplis de toutes
sortes d'injustice, de perversité, d'appétit de jouissance, de méchanceté, pleins de rivalités, de meurtres, de querelles, de ruses, de dépravations ; ils calomnient, 30 ils médisent, ils ont la haine de Dieu,
ils sont orgueilleux, arrogants, fanfarons, ingénieux à faire le mal, révoltés contre leurs parents, 31 sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans pitié. 32 Ils savent bien que, d'après la décision
de Dieu, ceux qui font de telles choses méritent la mort ; et eux, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font.
On sent bien en ce texte quelle est la logique du péché...
Il y a le péché racine, appelé ici l'impiété... qui consiste à ne pas reconnaître Dieu..
... et c'est ce péché racine qui entraîne l'ensemble des péchés; nous venons d'en entendre une cargaison... et à coup sûr en les entendant vous vous êtes dits : "rien de neuf sous le soleil".... les péchés d'aujourd'hui ne sont pas bien différents de ceux d'il y a 2000 ans...
Quand, dans la bouche de Paul, Dieu parle du péché, il parle d'abord du péché d'impiété...
... il faut nous y attarder quelque temps... car c'est là que réside la clé du reste...
Relisons : -> v. 21
En quoi consiste ce péché d'impiété ?
.. dans le fait, v. 21, de refuser de glorifier Dieu et de le remercier (lui rendre grâce)..
C'est-à-dire le refus de reconnaître Dieu comme Dieu... de lui assurer de la considération...
Il ne s'agit pas de l'athéisme.... du fait de croire que Dieu n'existe pas... ça, c'est une question moderne.. elle ne se pose pas l'époque...
"ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme un Dieu"..
Ce qui est en cause dans ce péché-racine qu'est le péché d'impiété, ce n'est pas de nier l'existence de Dieu, c'est de faire et de vivre comme si Dieu n'existait pas... de ne pas le glorifier, lui rendre grâce..
Tout l'Ancien Testament est parcouru par cette dynamique inverse :
.. on oublie la
glorification de Dieu..
.. on se tourne vers d'autres idoles ...
.. et alors on se plante...
.. et alors des prophètes se lèvent pour crier : arrêtez, retournez-vous vers votre Dieu... "il est votre Dieu et vous êtes à lui"..
C'est cette dynamique inverse que Paul dénonce en 3 temps..
1. le refus de la glorification de Dieu
2. comme une conséquence de ce refus... le fait de décider par soi-même ce qui est juste et bon... "
(2ème partie du v.21 : "ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur coeur inintelligent s'est enténébré.. dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous..."
ou encore v.25 : ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge
3. ils sont donc livrés v. 26 à leurs passions avilissantes..
Je reprends chacun de ces points, et en particulier les 2 premiers.
Le premier point, c'est donc le refus de remercier, de glorifier Dieu... de sa connaissance...
Je sais que Dieu existe... mais pratiquement, je vis comme s'il n'existait pas...
Sa présence n'emplit pas ma vie, mon coeur, mes pensées, mes paroles, mes actions...
Je ne vis pas avec Dieu comme Celui qui est la source et le terme de mon être, comme Celui qui est l'alpha et l'Oméga, le Centre du cosmos...
Nous avons, frères et soeurs, à retrouver ou à trouver, une effectivité de la transcendance de Dieu en nos vies... de sa préséance sur toute autre chose.. Adorer le Créateur et non la créature, c'est hiérarchiser les priorités de nos vies les unes par rapport aux autres et placer Dieu en nos vies comme la priorité des priorités...
Adorer le créateur et non la créature..
.. c'est préférer Dieu à mon travail ..
.. c'est à mes loisirs
à ma famille
à mon époux, à mon épouse
à mes enfants
à mes biens
Marie-Eugénie Milleret, fondatrice des religieuses de l'Assomption, disait : "que Dieu soit d'abord servi, ensuite le prochain"...
Entendons-nous bien, cette préférence pour Dieu ne veut pas dire opposition, c'est trop clair... mais elle dit une hiérarchie dans nos vies... elle indique aussi ce en fonction de quoi tout doit être ordonné...
St Ignace au tout début des exercices a cette phrase lumineuse:
Principe et fondement des Exercices de saint Ignace
L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu notre Seigneur, et par ce moyen sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin que dieu lui a marquée en le créant.
D’où il suit qu’il doit en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin, et qu’il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent.
Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents par rapport à tous les objets créés… en sorte que nous ne voulions pas plus la santé que la maladie, les richesses que la pauvreté, l’honneur que le mépris, une longue vie qu’une vie courte, et ainsi de tout le reste ; désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit plus sûrement à la fin pour laquelle nous sommes créés.
Si l'Eglise invite au jeûne durant le carême, c'est précisément pour réorganiser la hiérarchie dans nos vies..
Vous devinez alors sur ce premier point en quoi consiste le péché d'impiété...
.. j'ai vraiment péché en pensée... quand je laisse mes pensées dominées par l'adoration des créatures
.. j'ai vraiment péché en paroles.. quand elles ne laissent pas transparaître la transcendance de Dieu... quand mes mots absolutisent les créatures..
... j'ai
vraiment péché par action.. quand l'utilisation de mon temps ne reflète pas mon amour préférentiel pour Dieu..
... j'ai vraiment péché par omission quand je ne remercie pas Dieu pour tout ce qu'il me donne de vivre, quand je ne prend pas les moyens de dynamiser ma relation à Dieu.. de le connaître plus, de fréquenter sa
Parole..
Voyez-vous, je le dis ici par parenthèses, mais il vaudrait la peine d'y revenir plus longuement, il me semble que la catégorie principale du péché est le péché par omission. Les autres péchés sont la plupart du temps des conséquences logiques d'omissions majeures.
J'omets de prendre les décisions qui permettraient d'entretenir vif en moi le sens de Dieu, le sens de sa grandeur concrète dans ma vie...
J'omets de vitaliser, de régénérer mon choix fondamental pour Dieu...
Posons-nous des questions simples pour vérifier cela :
. quelle est ma première pensée le matin ?
. quel temps je passe chaque jour pour Dieu ?
. quelles sont mes lectures ?
. est-ce que je lis la Bible ?
. ai-je programmé un week-end spirituel ou une retraite durant l'année qui vient ?
Vous allongerez vous mêmes la liste....
La catégorie principale du péché est sûrement le péché par omission.
Une plante qu'on n'arrose pas se flétrit...
Un chrétien qui ne se nourrit pas dépérit...
Il y a des gens qui viennent confesser une foule de péchés en pensée, en paroles et par actions... mais ne confessent jamais les omissions... et ils s'étonnent de ne pas progresser... ça n'est pas étonnant. Ils confesseraient une bonne fois les omissions en prenant des résolutions tenables dans le domaine de l'alimentation de l'amour de Dieu, ils commettraient beaucoup moins d'autres péchés... déjà, ils en auraient moins le temps.
Et puis, à moins omettre d'adorer Dieu, concrètement, nos pensées s'en trouvent changées... on se met à penser un peu plus comme Dieu... or on parle toujours et on agit toujours comme on a pensé....
Après l'omission, la seconde catégorie du péché me semble être celui en pensée...
.. car nos paroles et nos actes sont la plupart du temps le fruit de nos pensées..
C'est le résultat d'une expérience spontanée :
. quand une parole mauvaise sur mon collègue de travail sort de ma bouche, 9 fois sur 10 (pour ne pas dire 10 fois), cette parole est la pointe émergée de l'iceberg... et heureusement qu'il n'entend pas tout ce qui bouillonne dans ma tête..
. et quand je commets une action mauvaise, d'une façon ou d'une autre, elle a d'abord été imaginée, pensée, et si elle n'a pas forcément été pensée en tant qu'action individuée, elle n'est possible que parce qu'elle est là aussi, la pointe émergée d'un iceberg de pensées qui la rend possible..
Ce que j'affirme ici comme fruit de l'expérience quotidienne se trouve confirmé par de nombreuses réflexions philosophiques dans le courant herméneutique..
On parle et on agit comme on a pensé...
Voilà pourquoi le péché en pensée est important... parce qu'il est à la racine des autres...
Nous avons à chercher à cultiver en nous une véritable hygiène mentale....
Veillez sur vos pensées, frères et soeurs... en elles résident peut-être la paix du monde...
J'avais un professeur, un autre, qui disait :
"ce qui est pensé se termine en prière...
autrement, c'est qu'on n'a pas bien pensé "
Voilà, c'est ça la véritable hygiène mentale chrétienne : que mes pensées sans cesse montent vers mon Seigneur...
... qu'elles glorifient Dieu...
.. elles le font d'autant plus que nous prenons le temps de louer Dieu... c'est-à-dire de contempler ses pensées à lui...
.. de telle sorte qu'il se construise de plus en plus comme une osmose entre nos pensées et celles de Dieu... au point que les premières se fondent dans les secondes..
et ce disant j'en arrive au second point...
... rappelez-vous, la 2nde partie du v. 21:
"ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré.. dans leur prétention à la sagesse.. ils sont devenus fous...
Ce qui est ici dénoncé par ST Paul.. c'est le fait de prétendre découvrir la sagesse par soi-même, de vouloir raisonner sans Dieu... de vouloir décider sans Dieu ce qui est juste et bon...
Vous l'entrevoyez facilement : nous touchons ici à une mentalité très contemporaine : le bien est ce que je décide. C'est tout le problème de l'autonomie morale qui se trouve ici abordé. L'homme peut-il décider de lui-même ce qui est bien ?
La plupart de nos contemporains répondent oui à cette question. "A chacun de faire ce qu'il veut" entendons-nous fréquemment.
La liberté individuelle est posée comme un absolu et comme la règle de l'agir.
Et sous couvert de tolérance, on permet tout..
Dès le début du Livre de la Genèse pourtant, l'homme est mis en garde : l'homme est placé dans le jardin d'Eden : tu mangeras de tous les fruits des arbres du jardin... mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal... tu ne mangeras pas.
De l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas.
Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que la connaissance du bien et du mal.. c'est l'affaire de Dieu..
Le péché d'Adam consiste à dire : je n'ai pas besoin de Dieu pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Dans la vie je m'oriente seul.. ce qui est bon, c'est moi qui décide.. pas besoin de Dieu..
Ce que je fais de mon argent ? C'est à moi de décider... je l'ai gagné.. pas besoin de Dieu..
Ce que je vais faire de mes vacances.. c'est mon problème..
Les orientations dans ma carrière professionnelle... je décide...
La fivete, ou la contraception.. c'est l'affaire du couple. point. Dieu n'est pas concerné..
L'organisation économique mondiale... aux politiques de faire ce que bon leur semble..
.. etc.. je ne multiplie pas les exemples... pour ne pas tomber dans le grotesque... mais je crains à regarder ma propre vie.. que nous sommes très contaminés par le pêché d'Adam..
Ne prenons-nous pas la plupart de nos décisions sur ce qui est bien (donc sur ce que nous avons à vivre); ne prenons-nous pas la plupart de nos décisions sans Dieu ?
J'espère me tromper, mais je crains que l'autonomie morale soit la règle de vie de la plupart des chrétiens.
Au mieux, dans les décisions importantes, nous le consultons...
Un peu comme on consulte un vieux père, par politesse...
Au quotidien comme pour la plupart de nos grandes décisions, nous vivons dans le péché d'Adam... nous voulons manger de par nous-mêmes le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal..
Le contraire, ce serait quoi ?
Ce serait
1. En toute chose, les petites et les grandes, chercher ce que Dieu estime bien et mal..
2. Etre résolu à faire ce qui est compris comme étant la pensée de Dieu, même si c'est contraire à mon idée première...
Dans Veritatis Splendor, Jean-Paul II a cette phrase : "il convient que l'homme d'aujourd'hui se tourne à nouveau vers Jésus-Christ pour connaître ce qui est bien et ce qui est mal".
Alors pour cela il y a des modalités possibles, diverses et gradués selon l'importance des décisions (simple invocation, prière, lectures sérieuses, études, rencontres, retraite de discernement,...), il y a des modalités que nous pouvons adopter, mais il y a d'abord cet élan fondamental qui se résume en une prière : "Seigneur, non pas ma volonté mais ta volonté"..
Il y a d'abord cet élan de la suivance... Seigneur, c'est toi que je veux suivre... tout au long de ma vie... tout au long de ma journée... chaque heure, chaque minute, c'est toi que je veux suivre... je veux faire ta volonté....
Toi seul Seigneur sait ce qui est bon pour moi et pour l'humanité...
Le contraire du péché d'Adam, c'est de vivre suspendu aux lèvres de Jésus, à la volonté de Dieu... et en toute chose, appliquer, appliquer...
celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique...
Je prends ici des raccourcis au plan de la pensée en laissant planer une dualité nette entre volonté de Dieu et notre volonté, entre raison divine et raison humaine. Bien entendu il faudrait, et il y a moyen, de mieux articuler les choses ensemble (la raison humaine est à situer comme une participation à la raison divine.. ainsi vous devinez le fil logique de l'articulation).. certes il faudrait mieux agencer... je fais court... pour qu'on saisisse bien la visée principale et les écueils dans lesquels la pensée et la vie contemporaine sont en train d'échouer...
Dieu et Dieu seul connait vraiment le bien et le mal.
Non seulement en soi, mais aussi pour moi.
Je devine parmi vous des interrogations... mais comment Dieu nous dit-il ce qui est bien et ce qui est mal ?
Il le dit en soi, en général, par l'ensemble de l'Ecriture et de la Tradition jusqu'à son expression contemporaine dans le magistère actuel de l'Eglise catholique.
Il le dit pour moi, en particulier, et dans le concret de ma vie, par la voix de ma conscience, à condition qu'elle soit bien formée.
Oui, Dieu parle par notre conscience...
La conscience, dit le Concile Vatican II, est le sanctuaire sacré où Dieu habite et où sa voix se fait entendre.
Ici, vous devinez où se situe le péché correspondant : c'est de vivre sans conscience... ou presque... c'est de mener notre vie en fonction des envies, des sollicitations du moment, de la pub, des habitudes... à la surface de nous-mêmes, sans que notre conscience soit réellement le lieu organisateur de notre vie. Notre société ne pousse pas au bon travail de la conscience..
Il faut nous battre pour être des hommes et des femmes qui vivent avec une conscience, c'est-à-dire en profondeur, en profonde liberté, et qui plus est avec une conscience habitée par la présence de Dieu..
Il faut nous battre, car c'est un péché que de faire taire notre conscience quand elle nous dit "fais ceci, évite cela"... et si nous écoutons bien, elle le dit... et par elle, Dieu nous le dit.
Il faut nous battre pour que notre conscience soit de plus en plus fine, c'est-à-dire de plus en plus ajustée au "sentir" de Dieu.
Autrement dit quand nous parlons de l'importance de l'examen de conscience, l'expression "examen de conscience" est à entendre dans son double sens...
Il s'agit effectivement de l'examen de notre vie que nous effectuons à l'aide de notre conscience,
mais il s'agit aussi de l'examen de notre conscience... l'examen de ce qu'elle est, de la vérité du dialogue qui s'y instaure entre Dieu et moi, de sa transparence à la voix de Dieu.
Voilà. Tout le reste, c'est-à-dire l'ensemble des péchés que nous faisons dans les différents domaines de notre vie, tout le reste est conséquence de ce noyau vital : le centre de nous-mêmes en tant qu'il est, ou précisément qu'il n'est pas, en dialogue permanent avec Dieu.
Je ne dis pas que ce "reste" n'est pas important.. et il est aussi à examiner... cet ensemble de péchés particulier.. mais il est à examiner à partir du centre dont il n'est qu'une traduction,
Si vous voulez l'ensemble des péchés particuliers est une déclinaison dans les différents domaines de notre vie du péché d'Adam.
Donc retour au centre et ce centre c'est la glorification de Dieu...
Oui j'ai vraiment péché, par omission, en pensée, en parole et par action. OUI.
Oui, j'ai vraiment pêché.
Heureux ceux qui peuvent en vérité, prononcer ces mots...
ceux-là tombent dans le champ du travail de Jésus-Christ..
Car il est venu pour les pécheurs.... c'est pour eux qu'il est venu...
Et si nous voulons tirer quelque subside de l'action de Dieu en Jésus-Christ, il n'y a pas d'autre terrain possible que celui-là..
Il est venu pour les pécheurs... c'est pour eux qu'il est sorti de Dieu... c'est pour eux qu'il est mort sur la croix...
Seuls ceux qui se situent dans le champ des pécheurs sont bénéficiaires de son action...
autrement on est hors-jeu..
Il est venu pour les pécheurs
Et il ne les prend pas en vrac, mais un par un...
Jésus lâche les 99 brebis pour aller chercher celle qui est perdue..
C'est étonnant cela, qu'un pécheur vaille autant, vaille peut-être plus, dans la balance, que 99 justes...
C'est Peguy, qui écrit cela dans le porche de la deuxième vertu :
« Non seulement un pénitent en vaut un autre, non seulement il vaut un juste, ce qui serait déjà un peu raide.
Mais il en vaut quatre-vingt dix neuf, il en vaut cent, il vaut tout le troupeau.
Pourquoi; en quoi; comment. Voilà un qui pèse autant dans la balance de Dieu que quatre-vingt-dix-neuf.
Qui pèse autant ? Peut-être qui pèse plus. En secret. On ne sait jamais. J'ai bien peur. Secrètement on a l'impression qu'il pèse plus, quand on lit cette parabole.
Voilà un infidèle qui vaut plus que cent, que quatre-vint-dix-neuf fidèles.
Quel est ce mystère ?
Quel serait donc cette vertu extraordinaire de la pénitence.
Qui passerait cent fois la fidélité même. »
et poursuit Péguy
« Il ne faut pas nous en conter. Nous savons très bien ce que c'est que la pénitence.
Un pénitent c'est un monsieur qui n'est pas très fier de soi.
Qui n'est pas très fier de ce qu'il a fait.
Parce que ce qu'il a fait, il faut le dire, c'est le péché.
Une pénitent c'est un monsieur qui a honte de soi et de son péché.
De ce qu'il a fait.
Qui voudrait bien se terrer.
Surtout qui voudrait bien ne pas l'avoir fait.
Jamais.
Se cacher, se sauver de la face de Dieu.
Et pourtant c'est celui-là, nul autre, c'est cette brebis, c'est ce pécheur, c'est ce pénitent, c'est cette âme.
Que Dieu, que Jésus rapporte sur ses épaules, abandonnant les autres.
Mon enfant, mon enfant, tu le sais, quoi. C'est justement cela.
C'est qu'elle avait péri; et qu'elle a été trouvée.
C'est qu'elle était morte; et qu'elle a revécu.
C'est qu'elle était morte et qu'elle est ressuscitée.
Puisqu'il faut tout prendre au pied de la lettre, mon enfant,
Littéralement comme Jésus était mort et est ressuscité d'entre les morts,
Ainsi cette brebis était perdue, ainsi cette brebis était morte,
Ainsi cette âme était morte et de sa propre mort elle est ressuscitée d'entre les mortes.
Elle a fait trembler le coeur même de Dieu.
Du tremblement même de l'espérance.
Elle a introduit au coeur même de Dieu la théologale
Espérance.
Voilà, mon enfant, quel secret. Voilà quel mystère.
Voilà quelle grandeur, (cachée), quelle source incroyable de grandeur il y a dans cette pénitence.
C'est qu'une pénitence de l'homme
Est un couronnement d'une espérance de Dieu.
Cette honteuse pénitence, honteuse de soi, et qui ne sait où se cacher,
Où cacher sa tête, honteuse, sa tête rouge de honte, pourpre de honte,
Sa tête couverte de cendre et de terre,
En signe de honte et de repentir,
Où cacher sa honte et son péché.
Mais Dieu n'a point honte d'elle.
Car l'attente de cette pénitence,
L'attente anxieuse, l'espérance de cette pénitence
A fait jouer l'espérance au coeur de Dieu,
A fait surgir un sentiment nouveau,
Presque inconnu, comme inconnu, au coeur même de Dieu.
Et cette pénitence même
A été pour lui, en lui, le couronnement d'une espérance. »
Voyez-vous notre confession, c'est Dieu qui le premier l'attend, l'espère...
Notre confession, elle est espérée avant même que nous y pensions...
Les mauvaises langues disent que le Christ n'a pas voulu la confession, que c'est l'Eglise qui l'a décrété...
On oublie que Jésus a été le premier confesseur... celui qui dit et redit : "va tes péchés sont pardonnés... "
On oublie plus encore que Jésus fut le premier pénitent. Celui qui porte tout le poids du péché des hommes... tout le poids.. et qui tous les jours vit comme un pénitent, comme un confessant.
La vie de Jésus est une confession permanente.
Qu'est-ce que donc que la confession ?
La confession, c'est la pleine ouverture de soi devant Dieu.
Alors oui, Jésus est le premier pénitent, le premier confessant..
La vie de Jésus est une immense confession...
Et l'entrée du Fils de Dieu dans la vie publique, le baptême de Jésus au Jourdain par Jean-Baptiste, que nous vénérons particulièrement en cette église par la grande statue qui se trouve au fond dans le baptistère,
le baptême de Jésus a quelque chose, pour reprendre une idée d'Adrienne von Speyr, a quelque chose de l'examen de conscience.
"Jésus a constamment devant les yeux le ciel et le Père, la pureté de la vie éternelle, et c'est dans cette lumière qu'il voit tout ce qui sur terre s'en éloigne."
Jésus vit une confession permanente, parce qu'il est toujours et pleinement en tout ouvert au Père.
La confession, c'est cette pleine ouverture au Père.
c'est cette soumission absolue à la parole de Dieu.
"Et Jésus le Fils, vit devant le Père dans l'état où doit vivre le parfait pénitent devant son confesseur, devant l'Eglise et devant Dieu : dans une ouverture illimitée, qui ne dissimule rien, prêt à accueillir à chaque instant l'intervention de l'Esprit Saint, ne tirant pas de lui-même sa sécurité, mais du Père et de son Fils.
Jésus est le modèle de nos confession parce qu'il vit dans un contact incessant avec le Père, contact qui s'exprime par cette parole : "non pas ma volonté, mais la tienne".
Autrement dit, la confession proprement dite constitue le raccourci institutionnalisé d'une attitude de vie permanente que Jésus a inauguré; une ouverture illimitée, qui ne dissimule rien, devant notre Père du ciel... et cette volonté ferme de désormais faire sa volonté...
En ce sens, la confession vient réinaugurer un nouveau régime de vie... dans la transparence de Dieu... dans une lucidité nouvelle sur ce que Dieu attend de moi... et sur les écueils à éviter.
Vous l'entrevoyez, il faudrait développer tout cela.. mais vous devinez que notre conception de la confession est beaucoup trop étriquée. Nous l'avons rétrécie, caricaturée, infantilisée... c'est pour cela que les gens la délaissent... alors qu'elle est un des actes essentiels de l'homme responsable, de l'homme libre, et surtout un acte essentiel de Dieu lui-même, qui nous réintègre dans sa luminosité, dans sa vérité.... et qui du coup, parce qu'il nous purifie, peut nous rendre aptes à réentendre sa parole... et peut ainsi nous réindiquer de façon concrète, précise, au jour le jour ce qui est bien pour nous.
Dieu ne peut pas nous parler quand nous sommes encombrés par le poids de notre péché.
C'est pourquoi la confession commence avec une rupture d'avec le péché.. elle commence quand on résiste à la tentation de pécher encore...
Et quand on résiste à la tentation de pécher encore, nous confessons que Christ est plus fort que notre péché...
Tout commence et tout recommence avec la confession que Jésus-Christ est vainqueur du péché....
Alors devient possible la réflexion et la conversion qui conduisent à la confession des péchés..
C'est bien du côté de la victoire, de la foi, que nous pouvons nous reconnaître en vérité pécheurs..
De ce côté, il nous est possible de reconnaître nos fautes comme étant les nôtres... sans excuses... avec un vrai repentir.. un vrai repentir.. c'est une condition du pardon..
Car pour pouvoir être délié de nos fautes, il faut commencer par s'y lier vraiment. Voyez-vous il y a dans la confession un double mouvement entre nous et notre péché.
En reconnaissant notre faute, en nous identifiant à elle, et et en nous déclarant pécheurs, nous nous en distançons.. nous nous en repentons. Nous nous lions à notre péché pour en être délié.
Pour en être délié.. ce n'est pas nous qui nous en délions, nous en sommes déliés.
Le Christ a dit à ses apôtres : ceux à qui vous délierez les péchés, ils seront déliés, mais ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus...
Et quand elle est là, la grâce du pardon, quand elle est là, alors les cloches sonnent....
.. ce sont encore les mots de Péguy :
« et comme nous sonnons nos Pâques à toute volée pour célébrer la résurrection de Jésus,
Christ est ressuscité !
Ainsi Dieu pour chacune âme qui se sauve sonne pour nous des Pâques éternelles.
Dans le soleil et le beau temps du jour de Pâques,
Ainsi Dieu pour chacune âme qui se sauve
Sonne à pleine volée des Pâques éternelles.
Et dit : Hein, je ne m'étais pas trompé.
J'avais raison d'avoir confiance dans ce garçon-là
C'était une bonne nature. Il était de bonne race.
Fils de bonne mère. (C'était un Français.)
J'ai eu raison de lui faire confiance.
Et nous nous avons nos dimanches,
Notre beau dimanche, le dimanche de Pâques,
Et le lundi de Pâques,
Et même le mardi de Pâques, qui est aussi fête,
Tellement la fête est grande.
Mais Dieu a aussi ses dimanches dans le ciel.
Son dimanche de Pâques.
Et il a aussi
des cloches, quand il veut. »