3è DIMANCHE de CAREME ANNEE C

(St-Martin samedi soir et dimanche Beaumont 2007)


 

 

Attardons-nous sur le bel épisode du buisson ardent dans la première lecture, et donc sur la figure et la vocation de Moïse.

 

Moïse, vous vous souvenez…

Moïse, c’est l’enfant qui est sauvé des eaux…

 

A cette époque, nous sommes au deuxième millénaire avant Jésus Christ, les hébreux sont esclaves en Egypte. Ils y sont arrivés à cause d’une famine.  Au départ, ils sont peu nombreux : soixante-dix… ils ne gênent pas tellement les égyptiens… mais progressivement, le peuple hébreu se multiplie et commence à inquiéter le pouvoir égyptien.

« Voici que le peuple des fils d’Israël est trop nombreux et trop fort pour nous. Prenons donc de sages mesures contre lui, pour qu’il cesse de se multiplier… »

D’où les fameuses corvées imposées au hébreux pour bâtir les cités égyptiennes.

Mais plus on voulait réduire le peuple hébreu, et plus il se multipliait… de sorte qu’on se mit à vivre dans la hantise des fils d’Israël.

« Alors les Égyptiens asservirent les fils d’Israël avec brutalité et leur rendirent la vie amère par une dure servitude : mortier, briques, tous travaux des champs, bref toutes les servitudes qu’ils leur imposèrent avec brutalité. »

 

Et le roi d’Egypte dit aux sages-femmes des Hébreux : « quand vous accouchez les femmes des Hébreux, regardez le sexe de l’enfant. Si c’est un garçon, faites-le mourir. Si c’est une fille, qu’elle vive ».

Mais les sages-femmes craignirent Dieu : elles ne firent pas comme leur avait dit le roi d’Egypte et laissèrent vivre les garçons.

Le roi d’Egypte alors les appela et leur dit : « pourquoi avez-vous fait cela et laissé vivre les garçons ? »

Les sages-femmes dirent à Pharaon : « les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Egyptiennes ; elles sont pleines de vie : avant que la sage-femme n’arrive auprès d’elles, elles ont accouché ».

Et l’auteur de la Bible continue ce récit écrivant : Dieu rendit les sages-femmes efficaces, et le peuple se multiplia et devint très fort.

 

Alors Pharaon ordonna à tout son peuple : « Tout garçon nouveau-né, jetez-le au Fleuve ! Toute fille, laissez-la vivre ! ».

 

C’est dans ce contexte qu’arrive Moïse : sa mère le cache durant trois mois… mais ensuite elle ne peut plus le cacher… alors elle trouve une caisse en papyrus, en fait le mot hébreu qui désigne cette caisse est le même mot qui est employé pour désigner l’arche de Noé…

Donc cette femme prend un genre de grande corbeille, elle la rend étanche en l’enduisant, et elle y met l’enfant, et dépose cette arche du salut dans les joncs sur le bord du Fleuve…

 

Et vous connaissez la suite : la fille de Pharaon qui descend se laver au fleuve voit la caisse parmi les joncs : elle envoie ses servantes la chercher, elle l’ouvre et regarde l’enfant qui pleurait… et « elle eut pitié de lui », sachant que c’était un enfant des hébreux.

Et la sœur de Moïse, qui guettait près du fleuve, voyant la scène, dit à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille appeler une nourrice chez les femmes des Hébreux ? Elle pourrait allaiter l’enfant pour toi »..

Et bien entendu, la sœur de Moïse va chercher sa mère, qui récupère ainsi son fils pour l’allaiter. Et l’enfant grandit, et sa mère l’amène à la fille de Pharaon qui l’appelle précisément Moïse, car dit-elle, « je l’ai tiré des eaux »….

Tiré des eaux comme Noé… tiré des eaux comme plus tard les hébreux dans la mer rouge…

Tirés des eaux comme en tout baptême…

 

Bref, la naissance de Moïse est donc déjà, en elle-même, une sortie de l’esclavage, une libération, un salut…

 

Et Moïse grandit dans la cour du roi… mais il sait ses origines, et quand il voit un égyptien frapper un hébreu, un de ses frères donc, il tue cet égyptien et le dissimule sous le sable…

Mais il est vu…

Et donc il doit s’enfuir de la cour royale et s’établit en terre de Madian, au milieu de son peuple. Il épouse Cippora, de qui il a un fils qu’il appelle Guershom, ce qui signifie « émigré-là », car, dit Moïse : « je suis devenu un émigré en terre étrangère ».

 

C’est dans ce contexte qu’arrive notre texte d’aujourd’hui.

Moïse fait paître le troupeau de son beau-père Jéthro… et il mène le troupeau au-delà du désert à la montagne de Dieu, à l’Horeb…

Et c’est là qu’il voit un buisson qui brûle sans se consumer…

D’habitude, quand ça brûle, ça détruit… après y’a plus rien… et un buisson, dans une montagne chaude, si ça prend feu, ça se détruit très très vite…

Mais là, le buisson brûle, et continue de brûler…

Et Moïse fait un détour : il tourne autour du feu….

Et Dieu l’appelle du dedans du feu…

« Moïse, Moïse »

Et Moïse répond : « me voici ! »…

Et Dieu dit : « n’approche pas, retire tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte »…

Sûrement trouvons-nous ici une origine de la tradition de nos frères musulmans qui retirent leurs chaussures pour entrer dans leur lieu de prière.

Un lieu saint, parce que c’est le lieu de la rencontre, et qu’il faut s’ajuster à ce lieu. Et c’est pourquoi dans nos églises, même si, par l’incarnation du Christ, Dieu est venu habiter tout point de la terre, et que nous pouvons le rencontrer partout, nous avons besoin, pédagogiquement, de figurer des espaces sacrés… signes de l’habitation et de la présence divine…

 

Et Moïse regarde le buisson, mais quand il comprend que Dieu est là, il se voile la face… car à cette époque, voir Dieu, c’est mourir… on n’est jamais digne de voir Dieu face à face….

 

Mais Moïse écoute cette déclaration divine en laquelle il va pouvoir situer, comprendre sa vocation :

 

Dieu dit :

« j’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et, oui j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances.

Et je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselant de lait et de miel, vers le pays de Canaan. »

 

Voilà la déclaration divine, l’initiative fondamentale : J’ai vu, je suis descendu.

Mais cette déclaration divine porte en elle ses moyens humains d’accomplissement : elle appelle des hommes ! Et d’abord Moïse :

« Et maintenant, va, je t’envoie, tu feras sortir d’Egypte mon peuple ».

 

Et bien voilà le sens de la vie : caler son existence dans le projet de libération que Dieu a et déclare pour toute l’humanité…

Et cette déclaration divine porte ses décrets de mise en œuvre par l’appel de serviteurs à la façon de Moïse.

 

Et Moïse, tout réchauffé qu’il est  par ce buisson qui ne cesse de brûler, apprend sa vie, sa mission, son existence, son but, et il s’engage dans l’action par une promesse : « j’irai trouver les fils d’Israël et je leur dirai : le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous »…

Mais Moïse prévoie l’incompréhension, alors il dit à Dieu : mais ils vont me demander quel est ton nom…

Et Dieu répond : je suis qui je suis…  c’est-à-dire je suis l’être éternel, celui qui n’arrête pas d’être…. Autrement dit, l’éternel…

Mais je suis qui je suis, en hébreu, les traductions sont multiples, car en hébreu, il n’y a qu’un temps pour dire en même temps le présent et le futur. Autrement dit, je suis qui je suis peut tout autant être traduit : je serai qui je serai, je serai qui je suis, ou encore : je suis qui je serai.

Autrement dit, il est celui qui ne cessera jamais d’être…

Je suis qui je serai : ce que je suis, tu le découvriras dans l’histoire, tu le découvriras en vivant avec moi….

Voyez, il n’y a pas de connaissance a-temporelle de Dieu….

C’est en vivant avec lui qu’on comprend, au fil de l’histoire et de notre histoire, qui il est… Et il est celui qui libère, qui sauve….

 

 

« Où as-tu fait ton buisson ardent ? »

Telle est la question que notre ancien évêque, Mgr Derouet, m’a posée lors de son arrivée dans le diocèse d’Arras en 1986.

 

« Où as-tu fait ton buisson ardent ? »

Où t’es-tu laissé vivifier par le feu divin, de telle sorte que tu puisses répondre : « me voici » ?

 

L’expérience que fait Moïse (première lecture de ce dimanche) est une expérience structurante de toute vie chrétienne. Le carême est un temps privilégié pour la faire ou la refaire à nouveau. Se laisser réchauffer et éblouir par le feu de Dieu. Entendre sa voix nous appelant par notre prénom. Répondre : « Me voici ! ». Ecouter - par toute la Bible - la déclaration d’action de Notre Seigneur : « j’ai vu la misère de mon peuple, je suis descendu pour le délivrer ». Laisser résonner en nous le : « Et maintenant, va ! Je t’envoie ».

 

Amen.