A chaque premier dimanche de carême, nous entendons ce récit des tentations de Jésus…
Jésus a quitté les bords du Jourdain…. et il est dans le désert…
Et quels sont les protagonistes de la lutte ?
Il y a Jésus…
Il y a le démon…
et il y a un troisième personnage, où sinon un personnage, du moins une personne : l'Esprit, l'Esprit Saint… car c'est l'Esprit Saint qui le conduit…
Je cite :
"Il fut conduit par l'Esprit à travers le désert"…
Elle est intéressante cette phrase :
Elle est intéressante pour deux raisons :
. il fut conduit par l'Esprit…
à priori on aurait pu imaginer que l'Esprit l'amène jusqu'au désert, et l'abandonne là, seul avec le démon…
eh bien non… tout au désert qu'il est, il continue d'être conduit par l'Esprit…
Voilà une première indication qui vaut tout autant pour nous-mêmes dans les déserts de nos existences et dans nos tentations… l'Esprit continue de nous conduire…
Ce n'est pas parce que le démon pointe son nez, que l'Esprit prend la poudre d'escampette… non l'Esprit continue de nous conduire…
Et l'autre partie de la phrase est aussi intéressante :
"il fut conduit par l'Esprit à travers le désert"…
à travers….
il n'est pas planté et perdu dans le désert…
il est conduit à travers….
et à travers, ça veut dire : pour traverser…
Et là encore, voici une belle indication pour vivre nos vies, nos déserts et nos épreuves, nos douleurs, nos maladies, nos échecs…
nous sommes conduits à travers eux… ça veut dire que nous ne sommes pas immergés dedans… que nous gardons toujours quelque part notre attache au ciel… et qu'il s'agit de traverser…
les chrétiens ne sont pas des gens qui font de travers… mais qui vont à travers…. qui traversent pour sortir…
comme, 1ère lecture, comme les hébreux… qui étaient maltraités, opprimés, réduits à la pauvreté, qui ont crié vers le Seigneur, lequel les a entendus, et qui les a fait sortir, par la force de sa main et la vigueur de son bras… et les a conduits dans ce pays ruisselant de lait et de miel…
Voilà quelque chose d'important en ce carême : nous sommes conduits par l'Esprit à travers le désert de nos existences parfois rudes pour en sortir par la Pâque et déboucher en un pays ruisselant de lait et de miel. Nous sommes des passants, des traversants…
Jésus fut conduit par l'Esprit à travers le désert… et pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve !
La faim d'abord,
puis le diable qui assaille Jésus au terme de son jeûne, et qui vient à lui en avocat du Bien, en ange de lumière, et qui connaît d'ailleurs parfaitement la Bible… qui cite l'Écriture comme nous serions nous sans doute bien incapables de le faire…
… au passage, cela nous indique que citer l'Écriture peut être œuvre du diable…
Et donc le diable propose 3 choses qui apparaissent bonnes :
. un miracle : transformer une pierre en pain
. un pouvoir sur tous les royaumes de l'univers
. un prodige : se jeter en bas du sommet du temple pour être porté par des anges…
Trois choses qui somme toute, correspondent à ce que Jésus fera plus tard, car, ce n'est pas seulement une pierre qui deviendra du pain, mais les pains seront multipliés… et non seulement cela, mais le pain deviendra son corps…
Et de même le pouvoir sur tous les royaumes, c'est bien ce que le Père lui confère… et nous l'acclamons comme le roi du ciel et de la terre….
Et enfin, un peu plus tard, Jésus est bien conduit jusqu'à un escarpement, c'est précisément après son discours inaugural à la synagogue… il est conduit par les scribes et les pharisiens jusqu'à un escarpement et projeté, mais, mais, il alla son chemin, préfigurant d'avance sa résurrection d'entre les morts…
Bref, ce que le démon propose a toutes les apparences du bien…
Quel est alors le problème ?
Le problème est double !
Il tient à la source de l'action promise et à sa finalité.
Il tient à la source !
Le démon propose à Jésus de faire l'économie du Père…
Il lui propose d'agir indépendamment des deux autres personnes de la Sainte Trinité…
Il lui demande d'agir sans demander ce que le Père en pense, et sans la force de l'Esprit…
Le démon l'isole de son existence trinitaire !
Le démon l'isole de la source divine…
Eh bien, ce qui vaut pour Jésus vaut de la même façon pour nous…
La stratégie du démon consiste à nous isoler… à nous mettre à part… à nous faire agir en nous passant de Dieu… à nous faire agir en dehors de notre condition baptismale, en dehors de notre vie dans la Trinité….
Voilà la première partie du problème dont la solution consiste à sans cesse replacer la source de nos actions dans la Trinité, tant dans leur connaissance (que devons-nous faire ?) que dans le principe de l'action. Notre action doit toujours se comprendre comme s'inscrivant dans l'action de Dieu et jamais dans une pure autonomie.
La deuxième partie du problème tient à la finalité de l'action.
Le démon propose à Jésus de transformer la pierre en pain, mais en pain pour qui ? pour Jésus seul… que lui mange seul…
Or nous le savons bien, quand Jésus multiplie les pains, c'est pour la foule….
Le démon propose à Jésus un pouvoir qui serait un pouvoir dont il jouierait de façon toute personnelle… comme une gloire personnelle….
Or nous le savons bien, Jésus veut utiliser un pouvoir qui prend la forme du service pour toute l'humanité….
Le démon propose à Jésus un prodige qui le concerne lui-seul…
Or nous le savons bien, le Père veut ressusciter le Fils pour que dans l'Esprit tous les hommes soient aspirés dans sa Résurrection.
Voilà la seconde partie du problème : la finalité de l'action que propose le démon est individualiste… elle vise Jésus seul… or Jésus ne peut se comprendre lui-même que dans son extension à tous ses frères…
Et cette seconde partie du problème indique encore et toujours sa solution… nos actions prennent leur dimension proprement catholique du fait qu'elles tendent vers toute l'humanité…
Vous le sentez bien, la source de l'action induit sa finalité.
De Dieu vers Dieu…
C'est le chemin de Jésus en ce carême, et il nous entraîne…
N'ayons pas peur du diable…
Mettons nos pas dans ceux du Christ, l'Esprit nous conduit à travers le désert, et le Père et toute l'humanité nous attendent.
Amen.