A pathologie totale,

médecine globale !

7ème dimanche ordinaire B
 

 

La scène d'Evangile que nous venons d'entendre est assurément une scène à voir, à regarder, à contempler….

 

Nous sommes à Capharnaüm… une maison, une maison ordinaire, on dit que c'est celle de St Pierre… en tout cas une maison où Jésus avait l'habitude de séjourner, puisque St Marc nous dit que Jésus, de retour à Capharnaüm "était à la maison"…

 

Et les gens s'agglutinent autour de la maison…  ils veulent voir et toucher l'amour divin qui se manifeste en Galilée…

Tout le monde se rassemble : regardez cette foule qui se trouve en quête de Dieu devant la maison de St-Pierre, parce que Jésus est là à l'intérieur !

Alors tous les blessés de la vie sont en attente… qui sait si à l'intérieur de cette maison il n'y aurait pas du salut, de la vie pour eux-mêmes…

 

Et parmi ces blessés de la vie, il y a notre homme du jour, un paralysé…

Et ce paralysé, nous en connaissons la pathologie… c'est une pathologie totale qui appelle ce qu'on nomme aujourd'hui une médecine globale !

 

Une pathologie totale, qu'est-ce à dire ?

Que cet homme est paralysé extérieurement parce qu'il l'est intérieurement !

Sa paralysie physique est la manifestation de sa paralysie spirituelle !

A cette époque, on conçoit tout comme étant profondément lié…

Sa paralysie physique et son péché sont tout un, sont imbriqués !

Et c'est pourquoi Jésus va

1. pardonner ses péchés

         "Mon fils tes péchés sont pardonnés"

2. le guérir physiquement

         "Lève-toi, prends ton brancard, et rentre chez toi"

Mais la guérison physique suppose la guérison intérieure.

 

La pathologie totale de cet homme appelle la médecine totale de Jésus !

 

 

Il se trouve qu'aujourd'hui, après des dizaines d'années d'une médecine trop souvent purement technique, qui isole les organes les uns des autres, on parle de plus en plus, en médecine, d'une approche globale de la personne dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension intérieure, dans sa dimension spirituelle.

Et c'est d'ailleurs à cause de cela que je fais un certain nombre d'interventions en école d'infirmières, pour initier les futurs infirmiers à la dimension spirituelle de l'existence souffrante, de façon à ce qu'ils puissent mieux appréhender la complexité de la personne humaine, toujours à la fois corps et esprit, extériorité et intériorité… chair, os, organes, et âme…

 

Mais revenons à notre paralysé de l'Evangile….

Il se trouve que pour lui, c'est sa paralysie spirituelle qui est la cause de sa paralysie physique… je dis bien pour lui…  ça ne veut bien sûr pas dire que c'est vrai pour tous…  et bien sûr, il y a des paralysés physiques qui font preuve d'une étonnante tonicité spirituelle : l'exemple récent le plus parlant, c'est bien sûr Marthe Robin, qui a passé des dizaines d'années paralysée, et qui a vécu une vie intérieure et à cause de cela un dynamisme apostolique tout-à-fait étonnant…  s'alimentant de la seule eucharistie !

 

Mais celui de l'Evangile, c'est comme ça : la cause est dans sa paralysie spirituelle.

Qu'est-ce que c'est donc ?

La paralysie spirituelle, c'est l'inertie du cœur vis-à-vis de Dieu !

C'est le cœur qui tourne sur lui-même au lieu de battre vers Dieu, de battre pour Dieu, et du coup et dans le même mouvement pour le prochain.

La paralysie spirituelle, c'est la fainéantise de l'amour ! C'est l'absence d'un dynamisme intérieur. C'est ce vague à l'âme qui fait que la vie est vécue sous le mode passif, au lieu d'être à l'actif !

La paralysie spirituelle, c'est le fait d'omettre d'entretenir vif en nous le sens de la vie, de nos idéaux… et surtout d'entretenir vive en nous la présence même de Dieu…

et s'ensuit comme un vide intérieur qui fait que la vie ne vaut plus vraiment la peine d'être vécue…  la vie manque de goût… on se laisse vivre…

Et alors ensuite, ce manque de tonicité intérieure se répercute à l'extérieur, qui sous forme de maladie, qui sous forme de péchés, de vices, qui viennent combler ce manque à être…

 

Donc la paralysie spirituelle, ce n'est peut-être pas d'abord les non à Dieu, mais l'absence de oui… l'absence de prière… l'absence de lecture de la Parole de Dieu, de méditation de l'Evangile, de participation à la messe… de discussions avec d'autres chrétiens…

 

Revenons à notre paralysé de l'Evangile :

Ses amis l'amènent près de la maison où se trouve Jésus… ils veulent pour lui la guérison… ils sont solidaires de leur frère malade ! Ils vivent avec lui cet amour de charité qui veut toujours le bien de l'autre : ici le bien de leur frère paralysé !

On ne pas rentrer dans la maison !

Mais la charité, toujours, sait être inventive !

Alors ils ont cette audace de monter sur le toit ! C'est sans doute plus facile que çà le serait pour nous ici : il faut en effet imaginer à Capharnaüm une maison avec un toit  en terrasse… sans doute même un escalier extérieur… et ils percent le toit, ils enlèvent les tuiles ou autre chose, là il faut du culot ! La charité a toujours du culot ! et ils descendent le brancard au plein cœur de la maison… c'est-à-dire au plein cœur de l'amour irradiant de Jésus…

Et l'évangéliste dit que Jésus voit leur foi !

C'est étonnant cette mention : "voyant leur foi, Jésus… etc…"

Jésus voit la foi des copains… dans leur charité audacieuse… dans leur culot, il voit leur foi…

Cette charité, cette foi audacieuse des compagnons du paralysé doit pouvoir nous donner des idées…

Nous sommes appelés à l'imagination de l'amour pour conduire nos frères paralysés à les mettre en présence de Jésus qui ressuscite !

Car c'est bien du mouvement de résurrection que participe notre homme…

Regardez encore la scène : il descend dans la maison couché, à plat…  et il en ressort, debout !

 

Entre les deux, il y a le pardon de Dieu… le pardon de Dieu vient changer la donne de la vie…

1ère lecture : "ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé… voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas… je vais faire passer une route dans le désert…

 je ne veux plus me souvenir de tes péchés…"

Voilà, le pardon des péchés fait passer une route dans notre désert intérieur…

Il ouvre notre vie, il lui donne un horizon, un chemin…

Le pardon de Dieu libère l'homme de l'attachement narcissique à son propre péché… il le libère de sa paralysie dans l'omission… il ouvre la possibilité de dire oui ! De dire oui à la vie, et de dire oui à Dieu !

 

En définitive, le contraire de la paralysie spirituelle, c'est la multitude de oui, que nous sommes appelés à prononcer joyeusement au fil des jours !

St Paul nous dit dans la seconde lecture : Jésus n'a pas été oui et non…

il n'a été que oui !

Toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur oui dans sa personne…

 

Bien sûr, il s'agit du oui à Dieu ! Il ne s'agit pas d'être des béni-oui-oui, comme on dit… et le oui à Dieu s'exprime régulièrement dans des non… à commencer par le non au mal…

Mais l'enjeu, c'est de n'être que oui à Dieu !

Et pensez-y au fil des jours, à chaque fois que vous ratifiez votre baptême, que vous ratifiez votre mariage, tel ou tel service, tel ou tel engagement…  à chaque fois que vous y allez, intérieurement, de bon cœur, dans le travail quotidien…  à chaque fois que vous consentez joyeusement à la vie que Dieu vous donne…  à chaque fois que vous priez…

A chaque fois, ce petit oui que vous prononcez s'inscrit dans le oui éternel que Jésus a dit au Père, au nom de toute l'humanité… et alors tous nos petits oui de tous les jours viennent compléter le oui de Jésus-Christ !

 

Et ainsi nous participons à une humanité qui ne cesse de sortir de la paralysie !

 

Jésus s'est donné tout entier pour cela ! Toute sa vie, jusqu'à sa mort, constitue son immense oui… il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie…  nous chantons le oui de Jésus !

Amen.