"Il sera la Paix !"

4ème dimanche d'Avent C (2006)


 

Marie n'a rien dit…

Elle n'a pas dit qu'elle était enceinte…

En entrant chez Élisabeth, elle salue sa cousine, mais elle est restée dans le silence sur le fait qu'elle était enceinte et sur qui elle portait…

Car la nouvelle est tout entière dans Celui qu'elle porte…

Et une parole de Marie à ce sujet serait une parole de trop…

Car elle porte la Parole, et cela suffit…

Toute parole de Marie sur Jésus, à ce moment, serait une parole de trop…

L'enfant parle de lui-même…  il est le Verbe…

 

Marie n'a pas à dire ce qu'elle sait.

Aux autres de le découvrir et de le reconnaître…

 

C'est précisément ce que peut faire Élisabeth, informée par le tressaillement de Jean-Baptiste en elle.

 

Élisabeth ressent une vibration intérieure… alors elle peut dire…

elle peut dire ces mots que nous reprenons si souvent :

Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni…

Et Élisabeth poursuit :

Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?

D'emblée elle appelle l'enfant que porte Marie "mon Seigneur"…

 

Voilà un premier point pour nous préparer au mieux à fêter Noël en vérité : le désir de "mon Seigneur" tire en nous comme un tressaillement intérieur…

et attardons-nous sur cette appellation "mon Seigneur"… c'est dire la relation toute personnelle que nous pouvons vivre avec Jésus… "mon Seigneur"…

C'est que Jésus ne peut advenir comme Seigneur effectif de toute l'humanité et de tout l'univers qu'en devenant pour chacun de nous "mon Seigneur"…

Mais cela bien sûr, nous entraîne dans un régime de vie… c'est de vivre sans cesse avec mon Seigneur… c'est-à-dire avec lui comme Seigneur de ma vie…

 

Mais la première lecture nous dit qu'il n'est pas seulement "mon Seigneur", qu'il n'est pas seulement pour l'intimité d'une vie spirituelle heureuse, mais qu'il est aussi celui qui sera le berger dont la puissance s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre….

Combien nous le voudrions cela !

Que sa puissance de paix s'étende…

 

Comment peut-il être cela ?

 

La seconde lecture nous l'indique : en offrant son corps !

 

Avec Jésus, on change de culte !

"Il supprime l'ancien culte pour établir le nouveau."

 

L'ancien culte, c'était d'offrir des sacrifices, des holocaustes pour obtenir la bienveillance divine…

Le nouveau culte, c'est que Dieu lui-même se fasse corps, vienne au milieu de nous, se livre à l'humanité, et nous entraîne en son sillage.

C'est un nouveau culte !

Le Christ, en entrant dans le monde, dit : tu m'as fait un corps !

 

Nous tenons là l'essentiel du christianisme : Dieu se fait corporéité… et sa méthode de salut consiste à faire en son corps la volonté du Père du ciel.

En entrant dans le monde, Jésus dit : tu m'as fait un corps ! Me voici : je suis venu pour faire ta volonté !

 

C'est le culte nouveau… qui est donc d'abord une action divine qui se déploie sur la terre, et que comme Élisabeth, nous sommes invités à reconnaître pour entrer dans le culte du Christ.. pour nous fondre dans sa corporéité…

 

Tout le sens de la messe se comprend dans ce mouvement : Dieu qui se fait corps, que nous reconnaissons, et qui vient en nous pour nous établir en lui, qu'il nous sanctifie, de sorte que nous fassions la volonté du Père et que notre vie se comprenne tout entière dans le culte nouveau…

Ainsi le Christ peut devenir le berger dont la puissance s'étend jusqu'aux extrémités de la terre… Ainsi il peut devenir la paix…

"lui-même il sera la paix" prophétise Michée.

 

C'est dire que la paix est offerte dans l'enfant de la crèche, et se trouve ainsi semée en nos propres corps par notre communion à Lui.

 

La paix est ainsi semée en nous-mêmes… comme un germe… mais comme un germe à protéger et à faire lever…

 

Vous savez que pour que cette lumière arrive de Bethléem jusqu'ici sans s'éteindre, il a fallu que des scouts veillent sur elle, la protègent…

L'un des scouts me disait que depuis une semaine qu'il en a la garde, ses nuits sont plus agitées, et il se lève parfois -comme on se lève pour veiller un enfant fragile- il se lève parfois pour veiller la lumière.

La paix est à protéger pour qu'elle puisse se diffuser.

 

C'est l'enseignement que nous devons tirer du drame du collégien de Meaux, décédé suite à une bagarre d'ados…

Le manque de paix peut avoir de redoutables conséquences…

 

La paix est un bien précieux et fragile.

Elle est un don qui vient de Dieu… et qui se fait corps… pour prendre chair de notre chair…

En communiant tout à l'heure, nous communierons à Celui qui est paix, pour que la paix monte en nous…

Alors il faut entretenir cette paix intérieure pour la vivre extérieurement et la propager, et devenir des semeurs de paix.

 

Merci les scouts, de nous inviter à cela… dans l'attente vive de Noël.

 

Amen.