Reconnaître son péché pour entrer dans la joie de Dieu

 

3ème dimanche d'Avent C (2006)

célébration pénitentielle

 


 

Il y a quelque chose d'étonnant dans la première lecture :

Le prophète Sophonie parle au peuple et lui dit : "ne crains pas car le Seigneur ton Dieu est en toi et il ajoute.. il dansera pour toi.. il, Dieu, dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fêtes".

 

Etonnant non ?

Avez-vous déjà pensé que Dieu danse ?

 

Je voudrais vous faire entendre une histoire qui nous est racontée par un certain Gopal Mukerji :

 

"Un jour, un saint s'arrêta chez nous. Ma mère l'aperçut dans la cour : il faisait des culbutes pour amuser les enfants.

- Oh ! me dit-elle, c'est vraiment un saint, tu peux, mon fils, aller vers lui.

 

Il me mit la main sur l'épaule et me dit :

-mon petit, qu'est-ce que tu comptes faire ?

-Je ne sais pas; que voulez-vous que je fasse ?

-Non, dis ce que tu veux faire.

-Oh ! j'aime jouer.

-Alors, veux-tu jouer avec le Seigneur ?

Je ne sus que répondre. Il ajouta :

-Vois-tu, si tu pouvais jouer avec le Seigneur, ce serait la chose la plus énorme qu'on ait jamais faite. Tout le monde le prend tellement au sérieux qu'on Le rend mortellement ennuyeux... Joue avec Dieu, mon fils. Il est le suprême compagnon de jeu."

 

 

Voilà, Dieu joue, Dieu danse.. on ne s'ennuie pas en Dieu.. en Dieu, c'est le contraire de la banalité, c'est la vivacité..

En Dieu, c'est le contraire de l'ennui et de la tristesse, c'est la pleine occupation, la pleine vie, c'est la joie".

 

J'ai été frappé l'autre jour en lisant l'Evangile par une phrase : "Jésus exultait de joie sous l'action sous l'action de l'Esprit Saint.."

Jésus exultait de joie... et il faut l'imaginer ainsi...j'ai l'impression que spontanément, on se fait une image un peu triste de Jésus... on l'imagine trop souvent fixé dans le sérieux.. dans une sagesse qui ne déride jamais..

 

Et bien Jésus vibrait -de joie- et ça se voyait !

Il vibrait en Dieu, c'est-à-dire dans la relation qu'il entretenait avec son Père dans l'Esprit Saint.. la joie de Jésus elle se fait dans la relation avec le Père et l'Esprit..

La joie, elle coule de la Trinité, elle coule du dynamisme trinitaire... parce que ça danse en Dieu.. entre le Père, le Fils et l'Esprit.. de fait, les vraies danses -celles qui donnent de la joie- sont toujours celles qu'on fait à plusieurs..

 

En Dieu, c'est plein de joie -la joie c'est la vie qui coule en plénitude, en surabondance, en débordement, en grâce, en amour-

En Dieu c'est plein de joie, et il y en a tellement qu'il y a des réserves pour l'humanité entière.. des réserves inépuisables..

 

Dans les prières et les lectures de la messe de ce jour, le mot "joie", j'ai compté, reviens 11 fois.

 

Oui, tous, nous aspirons à la joie..

 

Et j'imagine un autre dialogue entre le saint et l'enfant..

L'enfant qui dirait : "mais où est-ce qu'on peut aller la chercher la joie ?"

et le saint répondrait : "en Dieu puisqu'elle est là"

et l'enfant.. "et c'est loin Dieu ?"

et le saint répondrait :

"non c'est pas loin Dieu, c'est tout proche,

c'est en toi.. mais il faut creuser"

 

Dieu est en toi.. 1ère lecture :

"Réjouis-toi, trésaille d'allégresse, le Roi d'Israël, le Seigneur est en toi. Tu n'as plus à craindre le malheur. Ce jour-là, on dira à Jérusalem : "ne crains pas, Sion ! ne laisse pas tes mains défaillir ! Le seigneur ton Dieu est en toi... il aura en toi sa joie et son allégresse"

 

 

"Le Seigneur est en toi".. frères et sœurs en ce temps d'Avent, il n'est pas suffisant de se préparer à la venue de notre Dieu comme quelqu'un d'extérieur qui arrive au milieu de nous.. vous savez l'enfant Jésus qui arrive de l'extérieur -on l'amène à un moment précis- dans la crèche, dans l'histoire des hommes... et qu'on contemple dans son extériorité, dans sa pure transcendance, dans sa gloire divine, et devant laquelle on est tout petit.. et on s'agenouille..

Tout cela c'est une dimension capitale, irréductible de Noël, de Dieu qui vient se placer face à nous, et devant lequel nous nous émerveillons..

Il faut se préparer à cette dimension de Noël, se faire tout petit pour accueillir.... l'extériorité de Noël..

 

.. mais je voudrais plus insister aujourd'hui sur l'autre aspect, complémentaire, auquel il faut aussi nous préparer : l'intériorité de Noël...

Cela veut dire quoi.. l'Avent : Dieu vient.. en toi.. à l'intérieur de toi..

 

Saint Augustin dit que "Dieu est plus intérieur à moi que moi-même".. bis

 

C'est-à-dire :

Il y a notre intériorité, ce que nous portons en nous, nos sentiments, nos pensées, nos amours, nos ressentiments, nos haines, notre spontanéité à faire le bien, notre attirance parfois pour le mal, notre tristesse, notre tendresse"

Voilà, il y a notre intériorité, et plus profond que ça, il y a Dieu, plus intérieur à moi que moi-même..

 

Et peut-être est-ce là le péché source, le péché racine : ne pas croire que Dieu habite en nous-mêmes, ne pas croire ou bien y croire seulement du bout des lèvres… et surtout ne pas pratiquer Dieu en nous… c'est-à-dire vivre sans nous rendre attentif à ce Dieu plus intérieur à nous que nous-mêmes…

 

Voilà la conversion à vivre durant cet Avent : Dieu vient : que la présence de Dieu au creux de nous-mêmes, présence cachée parfois, que cette présence vienne, s'élargisse en nous... en notre intériorité..

 

Et notre prière peut être celle-ci :

"Seigneur, élargis à l'intérieur de moi l'espace de ta présence"

 

Le temps de l'Avent est ce temps où nous demandons à Dieu d'envahir nos vies...que les sentiments mêmes de Dieu progresse à l'intérieur de nous.. et que les autres s'éloignent.

 

..car plus profond que la tristesse, en nous il y a la joie..

plus profond que l'ennui, il y a la vie en abondance..

plus profond que le désespoir, en nous il y a l'espérance tenace..

plus profond que la haine, il y a l'amour..

plus profond que la vengeance, en nous il y a le pardon..

 

puisque plus profond que nous, en nous, il y a Dieu..

 

 

Et comment est-il, Dieu en nous ?

 

C'est l'Évangile que nous venons d'entendre..

 

Dieu est comme un feu qui ne s'éteint pas..

 

Frères et sœurs, un feu brûle en nous..

.. un feu de paix, un feu de joie, un feu de justice, un feu d'amour..

 

..ce n'est pas une petite bougie perdue au milieu d'une église..

 

.. c'est un feu.. et un feu ça brûle et ça se répand, ça dévore tout ce qui n'est pas feu,  ça peut dévorer nos péchés..

.. et ça chauffe un feu... ça brûle la tiédeur..

 

Au feu de.. au creux de nous-mêmes, mais après tout le creux c'est le feu....  car le feu toujours creuse…  Dieu brûle en nous ... et ça enivre une vie..

Amen