Médiévales 2006

 

 

        La question que Jésus pose à ses disciples, "pour vous qui suis-je" est une question permanente pour notre existence.

 Car notre réponse à cette question oriente toute notre vie !

 Si, comme Pierre, nous répondons à Jésus, tu es le Messie, tu es notre Dieu, alors est fixé l'axe de notre vie.

 Car notre réponse à la question de Jésus est une réponse de foi, d'orthodoxie… mais c'est en même temps une réponse de vie, d'orthopraxie !

 Si nous disons : je crois en toi Jésus ! alors, nous décidons de marcher derrière lui, parce que nous croyons que c'est le chemin du bonheur !

 La vie chrétienne est une "sequela christi", une vie derrière Jésus, à sa suite !

 Et qu'est-ce que c'est qu'une vie à la suite de Jésus, une vie dans la suivance de Jésus ?

 Jésus dit à Pierre : "Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes"… donc une vie à la suite de Jésus, c'est une vie où l'on pense comme Dieu pense ! C'est une vie où l'on raisonne en Dieu !

 Dieu est la vraie raison de notre raison !

 Il y a parfois une raison humaine qui n'est pas vraiment raisonnable, parce qu'elle ne conduit pas au bonheur de l'humanité en Dieu.

 "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se renie lui-même", dit Jésus. C'est une des phrases de Jésus qui nous contrarie ! Jésus serait-il contre notre épanouissement ?

 Parfois on interprète cette phrase en pensant à une passivité résignée ! Non ! Puisqu'il s'agit bien de "marcher"… ne l'oublions-pas !

 Et marcher, bien sûr c'est une métaphore… il ne s'agit pas seulement d'une marche physique ! Il existe une marche spirituelle, proposée à tous : sur ce plan-là, le grabataire ou le prisonnier voient s'ouvrir devant eux autant d'aventures que celui qui est appelé à voyager et à bâtir…

 Chacun, quelque soit sa condition, est appelé à se donner à une activité intense à la suite du Christ, dans la suite du Christ. Peut-être certains ont peiné pour monter jusqu'ici… c'était le signe de cette intense marche derrière Jésus.

 "Renoncer à soi-même, se renier soi-même"… il s'agit du faux soi-même que nous nous fabriquons.

 Nous passons notre vie à nous identifier à des réalités extérieures, à la possession de tel objet, comme si nous serions plus heureux le jour où nous l'aurons acquis.

 Nous fabriquons une image de nous-mêmes tout entière peinte par les règles et les préjugés d'un milieu, par des structures de pensée et des valeurs parfois loin de l'Evangile.

 Bref, nous recevons de la société un "soi-même", et nous le fabriquons aussi !

 C'est à ce "soi-même" là qu'il faut renoncer, c'est de ce "soi-même" là dont il faut se désolidariser. Jésus nous invite à opérer un tête-à-queue pour prendre sa route, son chemin ! A donner la priorité à son amour ! A ne plus appuyer sur le frein !

 Jésus nous dit aussi : "qu'il prenne sa croix" !

Et là encore, on a pu faire une lecture mortifère et résignante de cette parole de Jésus !

 Prendre sa croix, c'est le suivre vraiment et courageusement, et tout entier ! Et c'est le suivre lui, dans le don de son existence !

 Ce que Dieu nous donne comme modèle, ce n'est pas le crucifié, c'est celui qui marche avec sa poutre sur le dos !

 La croix, ça n'est pas un moyen ! C'est une gêne énorme pour marcher…  c'est ce qui rend la suite de Jésus difficile… difficile mais pas impossible…

 Notre croix se décline en 2 catégories :

. les faiblesses et souffrances qui sont en nous

. les obstacles que la vie, que d'autres mettent sur notre chemin.

 Chacun doit apprendre à connaître sa croix personnelle, celle de chaque jour, car c'est elle qu'il doit prendre sur lui.

 Prendre ma croix : si j'ai envie de la laisser par terre pour en prendre une autre, c'est le signe que c'est bien la mienne !

 C'est une bonne nouvelle : la croix, ma difficulté à vivre, n'est pas un obstacle pour suivre Jésus ! Je puis le suivre avec tout ça, et c'est le chemin de la Résurrection !

 Car si je marche derrière Jésus, alors, 1ère lecture, il vient à mon secours ! Et je ne suis plus vaincu par les outrages, les difficultés… parce que je suis en train de marcher… et que la marche derrière Jésus est toujours plus forte que la croix. Et quand bien même je tomberai, je serai relevé !

 Voilà donc le sens de cette marche jusqu'en ce lieu pour la messe de ce matin : faire de notre vie une marche à la suite de Jésus ! Que le Seigneur sans cesse nous attire derrière lui, et nous aimante ! Ainsi la marche sera plus légère ! Amen !