1ère lecture : nos apôtres ne sont plus que onze… Judas n'est plus là…
Il faut un douzième homme !
Et pourquoi ?
Saint Pierre dit :
« pour qu'il devienne avec nous "témoin de sa résurrection" »
On aurait pu imaginer que saint Pierre ait dit : parce qu'il "a été" témoin de sa résurrection…
non il dit : pour qu'il devienne…
Donc Matthias, sur qui l'appel de l'Esprit tomba, Matthias est appelé à devenir apôtre…
mais vous le sentez bien, c'est Matthias, mais ç'eut pu tout autant être Justus… et tel ou tel autre…
c'est dire qu'à travers ce qui arrive à Matthias, c'est tout le peuple des croyants qui est appelé à devenir témoin de la résurrection de Jésus.
Devenir témoin… c'est dire que les choses ne sont pas données d'un coup, mais qu'il y a dans notre vie une histoire de progression, de découverte progressive de la résurrection de Jésus…
De Pâques en Pâques, et donc de dimanche en dimanche, nous sommes invités à devenir, à grandir, dans ce face à face avec la résurrection !
Il y a, dans la liturgie, un petit signe qui peut nous aider à comprendre cela.
Quand nous arrivons dans l'Eglise, durant le temps pascal, le cierge pascal est déjà allumé ! Il nous attend ! Et notre arrivée dans l'Eglise nous met d'emblée en présence du ressuscité… pour que nous "devenions" ce que nous sommes par notre baptême !
Le mystère de Pâques constitue la matrice dans laquelle nos vies sont appelées à prendre forme et à se déployer.
Voyez-vous, il y a deux aspects dans ce "devenir témoin de sa résurrection"
Il y a le fait de grandir aujourd'hui, parce qu'il est ressuscité hier !
Et puis il y a le fait de devenir témoin du fait que sa résurrection est toujours encore à l'œuvre et toujours encore à venir en nous-mêmes, en nos frères, et dans la société !
Frères et sœurs, cette passion de la résurrection toujours encore à venir, doit nous habiter.
Et cette passion peut, doit, habiter et orienter notre façon d'aimer.
Dans la seconde lecture, l'apôtre nous dit :
"Dieu nous a tant aimés, que nous devons nous aimer les uns les autres"
Et comment Dieu nous a-t-il "tant aimés" ?
En mourrant et ressuscitant pour nous !
Donc l'amour dont il nous aime est un amour ressuscitant !
C'est un amour qui nous fait sans cesse passer de la mort à la vie !
C'est un amour qui nous réveille, et nous éveille sans cesse !
Et l'apôtre poursuit :
"Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection"
C'est dire qu'en nous, l'amour de Dieu se perfectionne…
En tant que tel, l'amour de Dieu est absolu, et ne peut pas se perfectionner… car ce serait sous-entendre qu'il n'est pas parfait…
Mais c'est cet amour de Dieu en nous, qui doit se parfaire… parce qu'en nous, nous le limitons, nous le bloquons…
et cet amour que Dieu a pour nous, cet amour ne peut se déployer que si nous aimons nos frères ! Sinon il reste tout-à-fait imparfait !
Et comment allons-nous aimer nos frères ?
Bien sûr, d'un amour de résurrection, d'un amour qui suscite, qui éveille, qui espère !
Pour expliquer cela je prends un exemple dans les questions sociales, mais vous pourrez tout autant l'appliquer dans toutes les relations d'amour que vous êtes amenés à vivre au quotidien, dans votre travail, votre famille, vos activités bénévoles, etc…
C'est le cardinal Vanutelli qui autrefois, dans la façon de chercher à répondre à la question sociale, distinguait, dans la façon d'aimer les pauvres, les œuvres de compassion et les œuvres de resurrection :
Il définissait les œuvres de compassion comme ces œuvres « où le bénéficiaire est purement passif et se contente de recevoir ».
Ces œuvres -disait-il- « sont excellentes, indispensables » :
Mais, ajoutait-il, « elles sont pourtant insuffisantes pour remédier au mal social ».
Et le cardinal Vanutelli s'expliquait de la façon suivante, je le cite :
aux œuvres de compassion « Il faut y ajouter les œuvres de résurrection, c'est-à-dire celles qui exigent de ceux qui en profitent une collaboration et un concours effectif »
Aimer donc, mais aimer d'un amour qui est celui de Dieu, et donc d'un amour qui ressuscite.
Mardi prochain, dernier mardi du mois de mai, c'est la fête des voisins !
Une fête lancée il y a quelques années pour permettre aux voisins de nouer des liens de proximité…
Voici l'occasion d'aimer d'un amour de résurrection, d'un amour qui éveille, d'un amour qui suscite, d'un amour qui se fait proche, et qui appelle l'autre à la vie !
Ainsi, tel Matthias, nous deviendrons témoins de sa résurrection.
Amen.
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