2ème dimanche de Pâques

Ressuscité avec ses plaies ouvertes

    Hénin-Beaumont 2006
 



Je me doute que certains parmi vous se disent..

.. "ah j'aurais bien aimé être à la place de Thomas..

.. pouvoir mettre mes doigts dans ses plaies, et ma main dans son côté.. pour être vraiment sûr qu'il est ressuscité..

 

Que ceux-là se détrompent..

.. si effectivement Jésus invite Thomas à faire ces gestes, l'Evangile ne nous dit pas qu'il les ait effectivement réalisés..

 

La présence de Jésus, sa proposition, son invitation, suffit..

.. et dans un cri de foi, Thomas s'exclame : "Mon Seigneur et mon Dieu".. dans un cri de foi..

 

mais un cri de foi qui est réponse à l'initiative du Ressuscité, à sa présence, là, à ses côtés..

 

 

Cela -je le sais- ne répond pas à ceux qui se demandent, ou qui nous demandent : "mais comment peut-on croire en la résurrection de Jésus".

 

Et si face à cette question, nous ne pouvons souvent nous en sortir que par des considérations pas toujours très simples, et pas forcément convaincantes, c'est peut-être que face à cette question sur la résurrection de Jésus, il faut répondre autrement..

 

D'ailleurs les Evangiles, et celui d'aujourd'hui en particulier, ne nous disent quasiment rien sur la résurrection, il nous disent seulement quelque chose -et c'est tellement plus important- sur le Ressuscité..

 

Ils nous disent la présence et l'action du Ressuscité..

 

"Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "la paix soit avec vous.." et il leur montra ses plaies..

et plus loin dans le texte.. encore :

"Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées.. et il était là au milieu d'eux.. .. et il leur dit.. etc.."

 

Voilà ce qui importe essentiellement..

.. c'est que Jésus est ressuscité, c'est-à-dire qu'il est là, présent, au milieu de nous..

 

Lui qui a parcouru les routes de Galilée, qui a aimé à n'en plus finir, qui s'est penché sur tous les blessés de la vie,

Lui, il est là, à nos côtés, au milieu de nous, vivant.. présent..

 

Je sais bien qu'en disant cela, je ne fais que dire des choses archi-connues, le BAB de la foi chrétienne.., des banalités..

mais nous avons si souvent tendance -non pas à ne pas y croire.. ..nous crierions qu'il est ressuscité, nous le signerions au bas d'une feuille s'il le fallait-

nous avons si souvent tendance à vivre sans le Ressuscité..

.. nous disons qu'il est ressuscité, mais nous vivons avec lui comme s'il était resté mort..

 

Croire en la résurrection, c'est finalement secondaire..

Ce qui importe vraiment, c'est de vivre avec le Ressuscité..

 

Jésus est là, au milieu de nous, vivant..

Il souffle sur nous.. "recevez l'Esprit Saint"

Il parle.. "la paix soit avec vous"..

 

Mais pour le voir, et l'entendre, et pour sentir son souffle, il faut avoir le visage découvert.. il faut être nu.. vulnérable..

 

Entrer réellement dans le temps de Pâques, c'est se lever chaque matin, en saluant Celui qui est déjà levé, Re-levé.. et qui nous précède, quelque soit la tâche du jour..

 

Vivre le Ressuscité, c'est expérimenter sans cesse sa présence..

vivre avec lui à nos côtés..

 

Lui, ressuscité, c'est son corps qui n'est plus limité par l'espace.. .. alors, il passe les portes verrouillées, et se fait notre compagnon de route...

 

Lui, ressuscité, c'est la qualité de relation qu'il a déployée durant trente-trois ans, qui se fait éternelle, et pas éternelle en vrac.. cette éternité métaphysique dont nous ne savons que faire..

.. mais une éternité qui se fait temporelle, qui entre dans l'histoire, celle du peuple, des peuples que nous formons, et puis notre histoire à nous et à chacun...

 

Jésus, parce qu'il est ressuscité, est aujourd'hui présent à nous comme il l'était à Thomas, à Marie-Madeleine, à Zachée, à Pierre, à la femme adultère, à la Samaritaine..

.. présents à nous, à nos côtés, en relation précise, concrète, ici et maintenant..

 

Frères et sœurs, c'est le printemps.. est venu le temps de sortir de l'hiver.. quittons nos emmitouflements, cette subculture qui nous empêche de le voir, de l'écouter, de sentir son souffle, lui, le vivant, le ressuscité, Jésus !

Alors comme Thomas, nous pourrons pousser le cri de la foi : "Mon Seigneur, mon Dieu !"

.. et nos existences fleurirons..

 

 

Donc, vivre avec le Ressuscité plutôt que croire de loin à la Résurrection.. c'est la 1ère chose que je voulais vous livrer ce matin..

Il en est une seconde..

 

Comment Jésus-ressuscité apparaît-il au soir de ce premier jour de la semaine, comme d'ailleurs huit jours plus tard quand il y aura Thomas ?

 

Jésus apparaît avec ses plaies...

.. le ressuscité, c'est le crucifié..

 

Et comme ressuscité, il est encore avec ses plaies.. L'Evangile dit : Il leur dit "la paix soit avec vous" et il leur montra ses mains et son côté"..

Comme ressuscité, il est encore avec ses plaies, et s'il invite Thomas à y avancer ses doigts et sa main, c'est que ses plaies sont ouvertes..

 

Ce qui veut dire que le Ressuscité est encore crucifié..

.. donc qu'il est présent à nous, en nos vies, ici, maintenant..

.. il est présent, Ressuscité, avec ses traces de crucifié..

 

Il est présent, au milieu de nous, avec ses plaies ouvertes.. c'est comme ça que nous le rencontrons, que nous le voyons, que nous l'entendons, que nous sentons son souffle..

.. ressuscité, avec ses plaies ouvertes...

 

Et je ne dis pas ça par dolorisme, c'est tout le contraire.. et c'est important de penser et de vivre avec le Ressuscité aux plaies ouvertes.. voici pourquoi :

 

Les plaies de Jésus sont le signe qu'il a pleinement accepté de mourir à lui-même, d'être pleinement obéissant à son Père, et donc complètement livré aux hommes..

.. ces plaies ruissellent du sang du pardon..

En Jésus, pas de vengeance, d'amertume, le pardon avant même les clous.

Déjà la paix s'offrait sur la croix. Mais elle était encore captive, comme limitée sur deux morceaux de bois, comme rivée, emmurée.

 

Jésus ressuscité fait éclater ces limites.. il vient nous apporter cette paix de la main à la main.

 

Ainsi donc, Jésus Ressuscité avec ses plaies ouvertes, est sans cesse à nos côtés comme celui qui nous indique dans sa forme même, le mouvement, le passage, qu'il a vécu et dans lequel il ne cesse de nous entraîner..

C'est dire qu'à nos côtés, se trouve sans cesse le passeur, passeur parce que passé par la passion.. vivant par la passion..

 

Au milieu de nous se tient celui dont le corps-même se révèle comme la figure, le mouvement, le chemin par lequel nous devons passer si nous voulons vivre ce qui s'appelle vivre.. c'est-à-dire complètement libérés de toutes les forces de mort qui nous maintiennent captifs.

 

Ainsi donc, quand nous pensons, vivons avec le Ressuscité qui se présente à nous comme crucifié, nous nous trouvons en face d'un dynamisme accompli. Il nous faut nous sortir des représentations statiques et figées de Dieu.... nous sommes en présence d'un mouvement, d'un dynamisme, d'un chemin.. de la vie en ce qu'elle engloutit la mort, et de la mort en ce qu'elle génère la vie..

En Jésus, le schème mort-résurrection devient quelqu'un, devient témoin, présence, action, souffle, communication, appel, route..

 

Et les plaies du Ressuscité nous disent essentiellement deux choses :

 

. d'abord que le pardon nous est acquis, qu'il coule sans cesse...

.. et ça c'est le ressort sans lequel nous serions rivés sur nos chemins d'habitude et de résignation..

 

. et ensuite, les plaies du Ressuscité nous indiquent que nos plaies à nous sont chemin de vie, parce que la route du Ressuscité est notre route.. ce mouvement, ce dynamisme, cette puissance de transformation, nous atteint.. nous sommes pris dans la figure du Ressuscité qui sans cesse nous ressuscite..

 

Frères et sœurs, avec le Christ à nos côtés, parce qu'il a lui déjà accompli le chemin, notre avenir est ouvert, indiqué,.. nous pouvons l'espérer..

et en même temps il nous est déjà acquis.. potentiellement, nous sommes des ressuscités..

.. certes encore un peu prisonniers,

 

mais découvrons notre visage au souffle du Ressuscité..

.. que vienne en nous la vie, la paix, la joie..

 

Aujourd'hui c'est toujours encore Pâques, et nous pouvons chanter l'alléluia de la route.

 

 

Amen.