Quel contraste ! Quelle bousculade aussi ! Quel changement encore par rapport à dimanche dernier… Vous vous souvenez ? Pierre proclamait son bel acte de foi : « Tu es le Fils du Dieu vivant ! » Et Jésus félicitait Pierre et lui donnait autorité sur ses frères… « Tu es heureux, Pierre ! Ce que tu viens de dire ne vient pas de toi… C’est mon Père du ciel qui l’a soufflé dans ton cœur ! Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ! Sur la pierre de ta foi, je bâtirai mon Eglise ! »
Et voici qu’aujourd’hui, brutalement Jésus change totalement d’attitude vis-à-vis de Pierre. Il l’interpelle avec rudesse : « Arrière de moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu. » Pierre assimilé à Satan, l’esprit du mal !! Celui qui lutte contre Dieu ! Celui qui complique les affaires du monde pour empêcher que s’étende la paix et que vive l’amour. Celui que l’on appelle le Diviseur ou le Malin…
« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu ! » Jésus vient justement d’annoncer le projet de Dieu… Ce n’est pas Dieu qui a prévu le parcours de Jésus : Dieu aurait voulu que le message d’amour de son Fils soit accueilli et vécu… Mais le monde l’a refusé… On a rejeté l’amour ! On va le mettre de côte, le juger, le condamner, le faire souffrir, le mettre à mort. Dieu ne veut pas la mort de Jésus… Mais face à la stupidité et à la méchanceté des hommes, Dieu fait le choix d’un amour qui ne se décourage pas ; il fait le choix de la miséricorde et du pardon… Il demande à Jésus d’accepter le chemin que lui impose la réalité de la vie et du cœur des hommes… Il va donner à son Fils la force d’aller jusqu’au bout de son projet d’amour. Avec cette promesse : l’amour ne peut mourir ! Le troisième jour, il ressuscitera ! Jésus sera vainqueur de la haine et du mépris à travers la souffrance et la mort. C’est le cœur du message chrétien, si difficile à accepter ! C’est comme une loi de l’histoire du monde et du déroulement de nos vies. Pas d’amour possible sans renoncement et pardon ! Les petites et les grandes souffrances de nos vies préparent toujours une résurrection inattendue… Comme la mort qui est plongée dans la vie, c’est notre espérance !
Voilà ce que Pierre était incapable de prévoir et d’imaginer… Nous le savons, il attendait un Messie triomphant. Il espérait de tout son être que les paroles de tendresse et de pardon de Jésus briseraient les cœurs endurcis… Que les foules acclameraient le triomphe de ce nouveau roi donné par Dieu à son Peuple. Nous comprenons facilement que l’annonce faite par Jésus de ses souffrances et de sa mort pouvait bouleverser Pierre… « Cela ne t’arrivera pas ! C’est impensable ! » En rabrouant Pierre – « Passe derrière moi, Satan ! » - Jésus condamne à l’avance toutes les fausses attentes du monde, les rêves continuels d’un Dieu qui arrangerait toutes choses à notre guise, pour un bonheur trop facile. Jésus répond à l’avance à toutes les déceptions, les critiques ou les attaques de ceux qui ont peine à accepter le réalisme de notre Dieu, du Dieu des chrétiens… « Si Dieu faisait comme ceci ou comme cela… » « Pourquoi Dieu permet-il ceci ou cela ? » Nous n’en finiront pas, pour nous-mêmes, et pour ceux qui nous entourent, d’accepter la sagesse déroutante de notre Dieu de liberté. C’est dans notre cœur que Dieu peut changer les affaires du monde : comme dit St Paul : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu – drôle de tendresse ! – à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint. » Et encore : « Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser ! » C’est grâce à nous, à nos collaborations fraternelles et croyantes, que Dieu peut orienter le cours des choses – quoi qu’il arrive ! »
C’est ce que Jésus demande à Pierre : « Passe derrière moi ! » C’est-à-dire : « Emprunte le chemin que je trace devant toi ! » C’est en suivant mes pas, en me laissant te précéder que tu trouveras le vrai chemin de la vie et du bonheur… Et, en toute fin de l’Evangile, quand Pierre aura enfin dit à Jésus : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! » Jésus lui lancera le même appel, dernière parole de Jésus à Pierre : « Suis-moi »
Ne pensez-vous pas que ce dialogue déroutant est une lumière pour nous, un appel et une promesse, au moment où nous reprenons nos activités professionnelles ou sociales, nos services et notre prière commune en paroisse et nos relations amicales et familiales : Ne rêvons pas, comme Pierre, de situations idéales et de réussites faciles ! Soyons réalistes ! Comme Dieu ! Acceptons-nous comme nous sommes ! Acceptons les autres tels qu’ils sont ! Ne considérons pas les obstacles aux collaborations et aux succès immédiats comme des murs infranchissables. Prenons tout ce qui est plus dur à vivre comme des chemins de dépouillement, de transformation des cœurs, de résurrection… Rendons grâces à Dieu pour sa vraie tendresse qui consiste à nous prendre et à nous aimer tels que nous sommes, Lui qui nous connaît bien mieux que nous.
Et demandons pour nous, pour tous nos amis, ce feu dévorant que Jérémie ne parvenait pas à étouffer en lui. Ce feu de la foi, toute simple, de l’amour quotidien, de l’espérance invincible… Ce feu de l’Esprit-Saint en nos cœurs qui nous invite à nous remettre en route, ensemble, pour aimer, pour prier, pour servir, « derrière Jésus… Avec Jésus… » |