La DIVINE MISÉRICORDE

 


 

            Voici huit jours, c’était la grande joie de Pâques ! Nous chantions, à profusion, l’ALLELUIA  de la Résurrection… C’est aujourd’hui le second Dimanche de Pâques… On l’appelait autrefois premier dimanche après Pâques… Il est bien préférable de l’avoir désigné, comme nous le disons maintenant « second dimanche » de Pâques. Nous comprenons mieux ainsi que c’est aujourd’hui le prolongement de la fête de dimanche dernier : chaque dimanche, c’est Pâques qui se poursuit, la Résurrection de Jésus qui s’épanouit dans le long déroulement de la succession des dimanches et des semaines. Aujourd’hui encore, nous pouvons chanter Alleluia de tout cœur.

            On appelait aussi autrefois ce dimanche « dimanche in albis » : dimanche en blanc ! En effet, ce jour-là, dans la primitive Eglise, les nouveaux baptisés de Pâques ôtaient le vêtement blanc qu’ils avaient revêtu tout au long de la semaine. C’était aussi le « dimanche de Quasimodo », du premier mot du chant d’entrée, en latin l’ « introït » de la messe : « Quomodo infantes »… « Comme des enfants », nous fêtons la joie de Pâques.

            Et voici qu’à présent, ce second dimanche de Pâques, auquel, décidément, l’Eglise cherche à donner de l’importance, est désigné comme le « dimanche de la miséricorde divine ». C’est le pape Jean-Paul 2, voici quelques années, qui a décidé de consacrer ce dimanche à méditer et à chanter la miséricorde de Dieu ; il l’a fait sous l’influence d’un courant de spiritualité initié par une sainte de son pays d’origine, sainte Faustine, aussi connue et vénérée en Pologne que sainte Thérèse de Lisieux l’est chez nous.

            Ainsi donc, dimanche dernier, nous chantions la vie plus forte que la mort, offerte par le Ressuscité de Pâques. Aujourd’hui, nous sommes invités à célébrer la miséricorde divine manifestée par le sacrifice de Jésus. La miséricorde : un terme plus précis, plus fort peut-être en un sens, que celui de l’amour, usé quelquefois à force d’être employé ; et pas n’importe quelle miséricorde : la miséricorde « divine » ! Ce fleuve d’amour jailli du cœur de Dieu à travers les blessures du cœur, des mains et des pieds de Jésus, pour irriguer toute l’humanité… Et chacun de nous !

 

            Miséricorde ! Ce mot ne fait pas partie de notre vocabulaire courant ; pourtant, il est très beau et susceptible d’applications pratiques en tous domaines. « Miséricorde » : « cor – cordis »  en latin : c’est « un cœur attentif à la misère ». Celui qui est miséricordieux est poussé par la « compassion » : encore un mot très riche, puisqu’il signifie : « souffrir avec »… Celui qui est miséricordieux possède un cœur prêt à pardonner en toutes circonstances ; un cœur dont la délicatesse et la tendresse ne se lassent jamais d’aimer.

 

             Il nous faudrait relire tout l’Evangile de Jésus pour y découvrir, en Jésus, la parfaite illustration de cette miséricorde qui jaillit du cœur de Dieu. Jésus qui entre dans la maison du riche Zachée pour bouleverser son cœur et sa manière de vivre ; Jésus qui pardonne tous les péchés du paralytique porté par ses 4 amis ; Jésus proposant à la samaritaine sans espoir une eau vive capable de  renouveler sa vie, à la femme adultère un pardon qui la libère de son fardeau, à Marie-Madeleine un amour qui la mènera jusqu’au tombeau ouvert du matin de Pâques. Jésus qui regarde Pierre, le traître, d’un regard tel qu’il suscite les larmes et la conversion du premier des apôtres ; et aujourd’hui encore, Jésus avec ses amis et le plus têtu d’entre eux, Thomas l’incrédule : il leur offre la paix ; il comble leur cœur d’une joie toute fraîche ; et il pousse sa miséricordieuse tendresse jusqu’à inviter Thomas à toucher ses blessures pour constater que le Ressuscité de Pâques est bien celui qui a souffert sur la croix. Ses blessures n’ont pas disparu ; elles sont illuminées par la lumière de Pâques ; elles sont devenues, pour toujours, le signe éblouissant de la bonté infinie d’un Dieu qui ne tient pas rigueur du péché mais invente le chemin le plus invraisemblable pour supprimer ce péché : nous l’avons chanté lors de la veillée pascale :

« Amour infini de notre Père,

Suprême témoignage de tendresse,

Pour libérer l’esclave, tu as livré le Fils. »

 

               Soyons reconnaissants au saint pape Jean-Paul 2 de nous avoir donné ce dimanche de la Miséricorde Divine ; nous n’aurons jamais fini d’en méditer toute la richesse.

                 En célébrant l’eucharistie de Pâques, action de grâces, joie et paix pour tous, accueillons sur nous les rayons lumineux de cette miséricorde.

                 Elle est pour chacun de nous ! Quels que soient notre histoire, nos faiblesses d’hier et d’aujourd’hui, nos erreurs et nos péchés, quels que soient les obstacles auxquels nous nous heurtons, en nous et devant nous pour avancer sur les chemins de la vie et de l’Evangile : comme dit l’apôtre Jean : « Dieu est plus grand que notre cœur ; et il connaît toutes choses. » Laissons sa miséricorde transformer encore et toujours plus notre cœur de pierre en cœur de chair.

                  Elle est pour chacun de nous ! Oui : Donc, elle est pour tous ceux qui nous entourent et elle peut être communiquée à chacun par chacun de nos cœurs. La tendresse miséricordieuse de Jésus nous invite donc à porter sur tous ceux que nous rencontrons chaque jour ce regard que Jésus a porté sur Zachée, sur Marie-Madeleine, sur Pierre et Thomas. Un regard qui espère voir s’épanouir en chacun les trésors de vie et d’amour souvent étouffés par nos limites et notre péché. Cet épanouissement, ce printemps de nos cœurs, pour se réaliser, a besoin, certes, de la grâce de Dieu ; il exige aussi le soutien, le réconfort, la bienveillance de tous ces graciés de Dieu que nous pouvons être les uns pour les autres.

                 Sûrs de l’amour de Dieu, et forts de notre foi, entrons donc à nouveau dans la célébration du mystère de la miséricorde divine.