Lorsque j’étais en l’église St Pierre de Calais, j’avais la chance, chaque année, de pouvoir participer à un événement œcuménique original … Au matin de Pâques, avant le lever du soleil, des représentants des diverses Eglises représentées à Calais, catholique, anglicane, réformée et de l’Armée du Salut - ils étaient amis - se donnaient rendez-vous sur la plage de Wissant… Nous allumions un grand feu dans les dunes ; nous chantions et nous prions ensemble jusqu’au lever du soleil. Nous pouvions alors ensemble proclamer : « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! C’est lui le soleil qui chasse nos ténèbres ! » Et, après avoir partagé brioche, café ou chocolat chaud, nous nous séparions pour rejoindre les offices de chacune de nos communautés… En découvrant la fraîcheur et les pâles lueurs de l’aube, il nous était plus facile d’imaginer la scène que l’Evangile vient de nous rapporter : dans d’autres récits, elles sont plusieurs femmes à se rendre au tombeau, de grand matin ; Jean, aujourd’hui, ne nous parle que de Marie-Madeleine. C’est donc une femme qui découvre la première le tombeau vide ; c’est une femme qui devient la première messagère de la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité ; elle devient la première apôtre qui avertit les apôtres de ce que personne n’aurait osé imaginer.
Et voici que, à l’entrée du tombeau vide, dès le premier jour de la semaine, c’est toute l’Eglise qui se trouve rassemblée pour comprendre enfin ce que personne ne pouvait comprendre jusque là : avec Marie-Madeleine, avec Pierre et Jean, l’Eglise de tous les temps, l’Eglise d’aujourd’hui est déjà présente, avec ses faiblesses, ses lourdeurs, et son immense richesse qui lui est donnée par Dieu lui-même.
Je l’ai dit, d’abord une femme : et pas n’importe laquelle ! Marie-Madeleine, une pécheresse qui, autrefois, provoquait les craintes et les critiques de tous ceux qui la connaissaient ; mais une femme au grand cœur qui a été attirée et saisie par Jésus : ses nombreux péchés lui ont été pardonnés parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. A l’entrée du tombeau, elle est la manifestation vivante de la réalité du pardon accordé par Jésus à tous ceux qui se laissent transformer par la miséricorde divine… « Père, pardonne-leur ! ». Désormais, il n’est plus possible d’enfermer qui que ce soit dans son lourd passé : un avenir de liberté et de confiance est offert à toute personne humaine qui ose lever les yeux vers le bois de la croix. Marie-Madeleine, malgré ses faiblesses, grâce au poids d’amour qui habite son cœur, est là, dès le début, témoin de toutes les femmes qui, au long des siècles, garderont allumée la flamme de l’espérance chrétienne ; toutes ces mères et ces mamies qui, en Russie et dans les pays de l’Est, aux temps des persécutions, et aujourd’hui encore, en combien de pays où règnent la violence, l’intolérance et le désespoir, ont le courage de transmettre la Bonne Nouvelle, de générations en générations. Chez nous aussi d’ailleurs, dans nos paroisses, la plupart du temps, ne voit-on pas des femmes entretenir les premières, avec patience et fidélité, la générosité de la prière et des services ?
Marie-Madeleine appelle Pierre : Pierre, c’est le chef, le responsable : celui qui a toujours eu la réponse facile et la volonté forte ; le premier qui a pu proclamer, de révélation divine : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». Il vient de faire douloureusement l’expérience de sa grande pauvreté ; il a eu peur ; il a fui ; il a trahi ! Mais le regard de Jésus l’a relevé ; il a pleuré ! Il a souffert - ô combien - de sa lâcheté… Et il a osé rejoindre le groupe de ses amis pour reprendre sa mission. Voici qu’il entre dans le tombeau ; il le découvre vide ; mais il ne comprend rien. Ses yeux sont aveuglés ; son intelligence est fermée ; son cœur reste froid. Au matin de Pâques, Pierre ne nous est pas présenté comme le modèle des croyants ; au contraire, il ressemble plutôt à Thomas qui aura tant de peine à se laisser convaincre.
Pierre n’est-il pas pour nous une bonne leçon ? Nous pouvons, en Eglise, recevoir ou prendre des responsabilités, agir beaucoup, nous dépenser et parfois trop nous fatiguer. Et tout cet apparent dévouement risque de rester stérile s’il n’est pas animé, éclairé et fortifié par une foi vive. Combien d’activités et de générosités en nos paroisses qui ne portent pas de fruits parce que, malgré notre bonne volonté, nos yeux restent fermés et nos cœurs secs ; Jésus ressuscité, vivant, aimant, agissant, n’est pas suffisamment présent à la source et au cœur de nos responsabilités.
Et voici Jean ! Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé « l’apôtre bien-aimé »… Bien-aimé parce qu’il a montré beaucoup d’amour ! Ou peut-être parce qu’il a su accueillir, mieux que les autres, l’amour de Jésus offert à tous. C’est lui a partagé le repas de la Pâques aux côtés de Jésus, recevant les confidences du Maître ; c’est lui qui, fidèle au pied de la croix, a accueilli, en notre nom, Marie pour Mère…. N’est-ce pas lui qui écrira ces quelques mots qui constituent le résumé de tout l’Evangile : « Dieu est amour ! » Jean entre en second dans le tombeau, après le chef ! Il voit la même chose que Pierre ; c’est-à-dire qu’il ne voit rien. Mais un éclair traverse son cœur ! En un instant, son intelligence s’illumine : il a tout compris : tout le message de Jésus lui revient en mémoire : « Le Fils de l’homme va souffrir beaucoup ; il sera jugé, condamné, mis à mort ; mais, le 3ème jour, il ressuscitera ! ». Le corps n’est plus là ! Les linges sont restés à leur place ; ils n’ont été dérangés par qui que ce soit ; il se sont affaissés, sur place ; le corps qu’ils enveloppaient a simplement disparu, volatilisé par la Puissance du Saint-Esprit. Tout est intact. Ainsi donc, tout s’éclaire pour Jean ! Le crucifié est ressuscité ! Il n’est plus ici ! Désormais, il se trouve partout où quelqu’un fait le choix de croire en lui.
Voulez-vous, avec moi, en ce matin de Pâques, garder au cœur le témoignage de Jean ? En Eglise, le croyant est plus important que le chef ! Ou alors, pour devenir pleinement responsable, il faut réclamer et chercher d’abord et avant tout la grâce de la foi… Il est nécessaire de s’efforcer, comme Jean, comme Marie-Madeleine convertie, comme Marie de Béthanie, de rester d’abord aux côtés de Jésus. Prendre le temps de prier pour être avec lui ; se nourrir de l’Evangile pour penser comme lui ; profiter des sacrements, et d’abord du Pain de Vie pour être forts de sa force… Alors pourrons-nous plus facilement découvrir ce qu’il nous faut faire pour que nos œuvres soient vraiment accomplies en son nom. Alors, il nous sera plus facile de nous aimer et de travailler ensemble puisque nous serons tous animés d’un même projet : agir d’abord pour Jésus ; faire ce qu’il nous demande.
Les trois jours saints que nous venons de vivre sont là pour réveiller en nos cœurs l’essentiel de la foi : Christ est ressuscité ! Il est vivant avec nous chaque jour ! Puisse la Joie de Pâques rester vivante en nos cœurs, grâce à l’eucharistie de chaque dimanche, grâce à notre prière et notre bonne volonté de chaque jour, grâce à notre collaboration fraternelle… Au nom de Jésus ! |