Le Bonheur selon Jésus…

(4è dimanche ordinaire « A »)

 


 

       Faut-il vous avouer que je ne suis jamais tout-à-fait à l’aise pour commenter cet Evangile des Béatitudes ? Sans doute parce qu’il est très important ! C’est la charte de l’Evangile, la Nouvelle Loi selon Jésus, l’art de vivre proposé aux chrétiens ! Les Béatitudes, proclamées sur la montagne prennent le relais des commandements de Dieu donnés à Moïse au milieu des éclairs et de la tempête… Et pourtant, ce texte fondamental est livré en termes si simples, trop connus sans doute aujourd’hui, qu’il est difficile d’en mesurer la gravité.

      Il y a aussi un autre obstacle que voici ! Nous n’entendons les Béatitudes, au cours des lectures du 4ème dimanche ordinaire de l’année A que tous les 3 ans ! Tandis que chaque année, nous avons aussi l’habitude d’en recevoir le message à l’occasion de la fête de la Toussaint : ainsi en venons-nous , inconsciemment peut-être, à éclairer ce texte de l’exemple des saints : il devient pour nous la règle de vie des grandes figures de l’Eglise : ceux qui ont été pauvres en quittant tout ! Ceux qui ont pleuré en traversant de grandes épreuves sans jamais perdre leur confiance ; ceux qui ont été quelquefois incompris, persécutés et sont morts martyrs en continuant à chanter Dieu. Aussi, comprenez-vous, la Toussaint entoure les Béatitudes d’une telle Lumière aveuglante qu’elle en fait un message idéal, trop parfait peut-être et donc qui ne paraît plus adapté à notre pauvre condition de chrétiens tout ordinaires…

 

     Heureusement, nous avons la chance aujourd’hui, avant d’entendre les Béatitudes, d’accueillir le message peu connu d’un prophète obscur, Sophonie, et celui adressé par l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe… Il nous faut  réentendre ces deux textes et y prêter attention pour qu’ils nous offrent un éclairage original concernant la charte de la vie chrétienne proposée par Jésus.

 

      Sophonie parle aux croyants à une époque qui ressemble à la nôtre : ils sont affrontés à de nombreux obstacles pour proclamer leur foi, et leur avenir semble très incertain. Sophonie fait alors dire à Dieu cette parole que j’aime tant parce que, aujourd’hui encore, elle peut nous enraciner dans l’espérance : « Je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un Peuple petit et pauvre qui aura pour refuge le Nom du Seigneur. » Ainsi donc, pour Sophonie, le secret de l’avenir, c’est d’accepter d’être petit, modeste, pauvre, en ayant pour seul appui le soutien du Seigneur.

L’apôtre Paul s’adresse donc aux chrétiens de Corinthe. Corinthe, à l’époque, ressemblait à ce que l’on dit de notre bonne ville de Marseille. Grouillait dans le port une foule d’étrangers qui vivaient n’importe comment et subsistait de n’importe quoi ! Or, les premiers chrétiens de Grèce ont été tirés de cette faune bigarrée habituellement méprisée. St Paul peut donc dire : « Il n’y a pas parmi vous beaucoup de gens de haute naissance ou de grande sagesse ; mais ce qui est fou aux yeux du monde, ce qui est pauvre et méprisé, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les forts. » Il peut alors continuer en expliquant que la véritable richesse des corinthiens réside en Jésus, le Christ, qui a tout fait pour eux. Si bien que, pour eux comme pour nous, il n’y a plus aucun motif d’être orgueilleux, de se croire plus fort que les autres. « Notre seul orgueil, c’est le Christ ! »

 

       Devinez-vous donc maintenant le sens tout-à-fait original qu’il est possible de donner aux Béatitudes ; et c’est sans doute le véritable sens de ce beau message. Pour bien les comprendre, il faut encore nous appuyer sur les  promesses d’Isaïe, reprises par Jésus : « L’Esprit du Seigneur est sur moi car il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, consoler les cœurs brisés ! Libérer les captifs ! » Il est bon aussi de nous souvenir de cette autre  confidence : « Jésus avait pitié de la foule parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger » Alors il guérissait les malades et il pardonnait aux pécheurs.

 

      Voici donc les Béatitudes : elles ne représentent pas un idéal de sainteté inaccessible à la plupart : c’est beaucoup plus simplement la loi de la vie, le vrai chemin du bonheur pour ceux qui veulent vivre à la manière de Jésus ; et ne sont-ils pas aussi nombreux sans doute, ceux qui ne connaissent pas Jésus et qui  mettent en pratique les Béatitudes dans la simplicité de leur vie quotidienne.

 

       Oui ! Pour être heureux, il faut faire la paix ! Quand deux personnes qui étaient divisées font un pas pour rétablir la concorde, elles peuvent enfin proclamer : « Oh ! Comme j’étais heureux quand nous nous sommes réconciliés ».

Les Béatitudes remettent ainsi le cours du monde à l’endroit ! Elles nous empêchent d’imaginer un faux Dieu différent de celui de Jésus ! Un Dieu qui offrirait une vie idéale où serait évité tout obstacle.

Jésus lui-même n’a t’il pas été pauvre ? Complètement démuni devant la réalité de la vie qui lui a été faite. Jésus a pleuré… Jésus a été maltraité et persécuté… Mais Jésus ne s’est pas lassé de faire et de proposer la paix. Il a ainsi connu le vrai bonheur avant de nous le proposer .

        Si bien que, quand nous faisons l’expérience de notre pauvreté, quand nous nous heurtons aux obstacles de la vie, en nous, chez les autres, quand nous devons pleurer… Nous pouvons nous dire que nous sommes peut-être dans la meilleure situation pour découvrir le vrai bonheur : celui que Jésus a préparé  pour nous.

 

        Dans trois jours, nous entrons en Carême : un temps pour retrouver ce vrai bonheur… Je vous propose, en poursuivant cette eucharistie, de prendre avec moi, dans la grande offrande de Jésus, les trésors de douceur , de pardon, de paix, de simplicité, de pauvreté vécus secrètement, et humblement, par tant d’hommes et de femmes qui ne sont pas dans nos églises, mais qui sont proches du cœur de Dieu.

         Et demandons pour nous la grâce de chercher et d’accueillir le message de Jésus, pour notre plus grand bonheur.