« J’étais étranger »

 


 

       Point la peine de vous redire que nous fêtons aujourd’hui le baptême de Jésus… Mais c’est également, dans la série des dimanches consacrés aux grandes causes de l’Eglise et de la Société, le dimanche des migrants.

Les migrants ! Les déplacés ! Les réfugiés ! Nous en entendons parler chaque jour et nous les voyons en image, si souvent que nous n’y prêtons pas toujours attention. Les foules du Darfour, de l’Irak et de Syrie, de Palestine ou des pays ravagés par des cataclysmes ! Mais cette souffrance est si éloignée de nous qu’il nous est difficile d’imaginer ce qu’elle représente… Et puis, ces situations de détresse sont tellement immenses que nous avons beaucoup de mal à y réfléchir pour en parler sérieusement… Et que pouvons-nous faire pour y remédier ? Nous n’… pouvons pas prendre sur nous toute la misère du monde ! Il y a tant à faire ici, tout près de nous ! Chaque jour, nos boites aux lettres sont emplies d’appels à l’aide entre lesquels nous hésitons à choisir .

Aussi, la plupart du temps, nous nous contentons d’être dans l’admiration devant la générosité évidente de ces hommes et de ces femmes qui, dans de multiples O.N.G très sérieuses, consacrent leur vie, risquent leur vie trop souvent, pour être présents à ces drames lointains.

 

Mais voici que, depuis des années maintenant, ceux qui, géographiquement devaient rester loin, sont devenus beaucoup plus proches, signe avant-coureur des bouleversements imprévisibles que suscite et suscitera longtemps encore cette fameuse mondialisation dont on n’a pas fini de parler. Avant-hier, dans la remorque d’un grand camion  de transport, on a découvert, à Drocourt, deux femmes africaines, originaires de l’Erythrée, qui cherchaient à rejoindre Calais et l’Angleterre. Deux femmes qui révélaient ici, dans notre région des Mines, le drame vécu depuis des années, à Calais et sur le littoral, par des centaines, des milliers, des centaines de milliers d’hommes et de femmes venus de partout à la recherche d’un avenir rêvé.

Cette semaine, dans la Croix de Paris, trois grandes pages étaient consacrées à raconter et à tenter d’expliquer cette situation toujours cruellement désespérante. Et, pour ceux qui possèdent internet, il suffit de se brancher sur le site du diocèse d’Arras – http://arras.cef.fr – pour être informés sur tout ce qui se vit à Calais : le refus des autorités d’aménager quelque local que ce soit qui puisse rappeler l’hébergement de Sangatte – l’ouverture, avec l’accord de notre évêque, d’un ancien presbytère actuellement disponible, pour abriter quelques réfugiés du gel et de la pluie au moment des fêtes – la multiplication des pains et de la soupe, chaque jour, pour des foules en détresse – le vestiaire, dans une église désaffectée – les douches, offertes en tout petit nombre. Un énorme travail qui se poursuit, depuis des années, uniquement grâce au concours de bénévoles de Calais et de la région. Ils profitent sans doute de l’appui de la Croix Rouge et  du Secours Catholique ; ils sont regroupés dans des associations où des militants passionnés s’efforcent de régler la foule de problèmes qui se posent  du côté de l’hôpital, de la police des frontières, de l’administration, du téléphone et de la poste… Il y a le collectif « C’sûr » où s’investit particulièrement l’abbé Jean-Pierre Boutoille dont on parle parfois à la télé… Il y a « La Belle étoile ». Quand j’étais à Calais, j’ai bien connu la femme exceptionnelle, une amie, qui l’a fondée: Véronique Desenclos… Elle nous a quittés voici une année, après des années de lutte contre un terrible cancer. Et, aujourd’hui, en l’église St Pierre de Calais, ses amis sont rassemblés pour une messe célébrée à son intention. Je prie avec elle et me demande si ce n’est pas elle qui m’a inspiré de vous livrer aujourd’hui ce message.

 

Justement… Quand j’étais à Calais, je rencontrais chaque jour cette réalité ; et, sans m’y impliquer vraiment personnellement, j’étais très proche et à l’écoute de ceux qui se battaient pour trouver des solutions. Depuis lors, je me suis aperçu que l’éloignement provoque très vite l’oubli… Eh oui ! Il faut qu’un proche entre à l’hôpital pour découvrir l’étendue des souffrances qui s’y concentrent ; il faut être visiteur de prison pour comprendre que les prisonniers ont un cœur qui attend d’être aimé… Il faudrait aller à Calais pour voir ce qui s’y passe !

 

Vous avez souvent entendu… Les paroles de Jésus : « J’étais malade, et vous m’avez visité ! » « J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi » Vous savez qu’il a dit aussi : « J’étais sans vêtement, et vous m’avez habillé » « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ! »

 

Je n’en dirai pas plus aujourd’hui. Je sais que les problèmes posés à Calais suscitent une foule de questions qui réclameraient de sérieuses et difficiles réflexions. Il me semble qu’il n’est pas raisonnable de les esquiver par des affirmations rapides et superficielles… En cette année de la solidarité, nous aurons à y revenir.

Je sais aussi que, à Calais, des amis ne se perdent pas dans de grandes discussions stériles pour répondre, quelquefois jusqu’à l’épuisement, aux urgences quotidiennes. Ils disent simplement : « Ils sont là, à notre porte… On ne va pas les laisser mourir ? ». Ne serait-il pas possible d’imaginer quelque chose pour aider ceux qui aident ?

 

C’est donc la journée des migrants… Il me semble que mon appel de ce jour peut nous  permettre de continuer à célébrer dignement la fête du baptême de Jésus… Puisque, baptisés en Jésus, nous sommes appelés à le rejoindre en tous ceux qu’il aime… Et d’abord en ceux qui ont besoin de nous pour survivre.