« Ils sont fous, ces chrétiens ! ». On pourrait comprendre celui qui, comme St Paul l’a d’ailleurs fait lui-même, taxerait le message chrétien de folie ! Nous proclamons que le Christ est roi de l’univers ; et, pour mieux l’affirmer, nous racontons à nouveau ce que l’Evangile nous apprend : ce roi, le voici silencieux, démuni, rejeté, condamné, ligoté, flagellé, bientôt cloué à la croix…. Comment oser reprendre les si nombreuses prières où l’on parle d’un Dieu tout-puissant alors que Celui qui se dit « Fils de Dieu », le voici totalement impuissant, entièrement soumis à ceux qui le condamnent à mourir. Mais, pour St Paul, comme pour tous ceux qui cherchent à entrer dans ce mystère déroutant, cette folie de Dieu peut devenir la sagesse qui seule éclaire l’histoire du monde. A condition d’oser une seconde affirmation : la royauté du Christ, elle est liée à la liberté des hommes. Dieu ne peut rien faire sans passer par le cœur de l’homme… Or, Dieu respecte infiniment le cœur qui se ferme… Mais quand le cœur vient à s’ouvrir, la toute-puissance du Christ y pénètre et le comble de trésors d’amour, de générosité, de paix et de joie… Et, le plus souvent, à travers le pardon. Le récit de l’Evangile de ce jour n’en est-il pas l’illustration la plus convaincante ? C’est, juste avant la mort de Jésus, comme un condensé du drame de l’histoire humaine. De chaque côté de Jésus, deux hommes : l’un des deux se tourne vers Jésus pour se moquer. Lui, qui est condamné, mêle sa voix aux cris de ceux qui l’ont condamné : « Si tu es puissant comme tu le dis, descend de la croix, et nous avec toi ! » L’autre se tourne vers Jésus pour le supplier. Il commence par reconnaître ses torts : « nous avons ce que nous méritons. ». Et il prouve que son cœur a été attiré par Jésus ; il s’est laissé saisir par une force et une dignité manifestant le trop-plein d’amour qui emplit à craquer le cœur de Jésus. Et l’admiration qu’il éprouve soudain pour Jésus se fait prière humble et confiante : « Souviens-toi de moi quand tu seras établi dans ton Royaume. »
Frères et sœurs, chers amis, voulez-vous avec moi, ce matin, imaginer ces deux regards qui, au cœur de la souffrance, se croisent devant nous ? Le regard du larron tourné vers Jésus : un regard où, à l’approche de sa mort, se concentrent toute sa vie, avec son poids de belle humanité, mais aussi certainement ses turpitudes et ses nombreuses bêtises. Et voici que, tout-à-coup, tout ce passé se transforme en supplication de pardon et de résurrection. Le regard de Jésus vers le larron. Un regard qui rayonne encore, malgré le sang et les larmes, la douce tendresse et la merveilleuse paix dont tant déjà ont profité. Jésus ne prend même pas le temps de pardonner ; mais, juste avant de mourir, il ouvre les portes de la vie à celui qui va l’accompagner dans la mort : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis. » Chers amis, ce dimanche est le dernier de l’année liturgique… Je vous invite donc à placer à votre tour devant le rayonnement du regard de Jésus tout ce que vous avez vécu avec d’autres depuis Noël 2006, depuis Pâques et Pentecôte de cette année. Que notre eucharistie éclaire, purifie, transfigure tout, pour que nous puissions entendre Jésus nous dire, à chacun de nous : « Aujourd’hui, tu es avec moi. » Dimanche prochain, nous allons commencer à préparer Noël. Je vous propose dès à présent de vivre, une fois de plus, un Avent d’ESPERANCE. Et, pour mieux y parvenir, je vous propose de demander et de décider de porter sur toutes personnes et sur tout événement le regard que Jésus offrait au larron. Au delà de ses faiblesses et de sa faute, Jésus voyait en lui un cœur d’enfant de Dieu destiné à l’amour éternel. On vous a peut-être déjà parlé de fiches qui, pendant l’Avent et au delà, sont et seront distribuées dans tout le doyenné. Ces fiches ont justement pour but de nous inviter à regarder autour de nous avec un parti-pris d’espérance... Au lieu de voir et de partager, comme trop souvent, ce qui ne va pas, nous nous efforcerons de discerner et de communiquer le positif. Notre région est dure et pauvre ; les situations de misère et d’échecs nombreuses. Mais il existe aussi quantité d’hommes et de femmes qui, discrètement, patiemment, s’efforcent de transformer ce qui peut l’être. Souvent, cette bonne volonté s’exerce tout simplement au niveau des familles, des immeubles et des quartiers. Certains acceptent, parfois depuis longtemps, des responsabilités importantes où ils travaillent et luttent avec d’autres pour transformer le visage de la société et de nos cités. Il vous sera donc demandé de repérer, de noter, de partager de petits gestes ou de sérieux engagements pour la solidarité, pour la justice, pour la tendresse ou pour les réconciliations. Il s’agira d’écrire ensemble quelque chose comme « la Cité de la joie ». Ainsi pourrons-nous, en communion avec les autres paroisses du doyenné, développer une dynamique de confiance et d’espérance ; ce projet devrait d’ailleurs se poursuivre, à travers Carême et temps pascal, et au delà de l’été, jusqu’à l’année prochaine. Nous aurons souvent l’occasion de reprendre et de préciser cette orientation mûrie depuis longtemps par le conseil et l’équipe pastorale de doyenné. En répondant à cet appel, nous entrerons dans l’une des orientations données au diocèse par notre évêque, voici des années déjà : « faire place au petit et au pauvre. ». Et nous ferons aussi écho au message des évêques de France lors des dernières élections : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »
Tandis que s’étendra doucement, de cœur à cœur, de famille à famille, de communauté à communauté, le règne de Celui qui ne peut agir qu’à travers notre liberté… En poursuivant la célébration de l’eucharistie, frères et sœurs, laissons-nous attirer par son regard qui n’est pour nous, pour ceux qui nous entourent, que tendresse, bienveillance… Et promesse de bonheur.
En la fête du Christ-Roi 2007. |