dimanche 22 novembre  2009

Fête du Christ Roi

(année B)

 

 

          Jésus vient d’être arrêté par les chefs du peuple juif. Ils n’ont qu’un souci : faire supprimer cet homme qui est un gêneur, qui remet parfois en cause les lois du peuple juif. Il prend le parti de tous les exclus, tous les rejetés. Finalement il a été arrêté un peu comme ceux qui soutiennent les migrants à Calais et qui sont inquiétés.

          Pour bien comprendre le texte d’évangile que nous venons de lire, il faut nous rappeler la situation politique de la Palestine au moment où  Jésus vivait. La Palestine était occupée par l’armée romaine. L’empereur romain déléguait un gouverneur qui était chargé d’assurer la paix, n’hésitant pas à noyer dans le sang, la moindre rébellion, il était aussi chargé de gérer la Palestine et de faire en sorte que les impôts imposés par l’empereur romain soient bien payés.

          Les chefs du peuple juif n’ont pas le droit de condamner quelqu’un à mort. Il n’y a que l’empereur romain qui puisse le faire. Les chefs du peuple juif sont donc obligés de passer par Pilate pour obtenir le châtiment suprême.

          Entre Pilate, le gouverneur romain d’alors et Jésus s’engage un dialogue de sourds. Ils emploient certes le mêmes mots, roi, royaume, royauté, mais ces mots n’ont pas le même sens pour l‘un et pour l’autre. En fêtant ce dimanche le Christ Roi de l’univers, dernier dimanche de l’année liturgique, au moment d’entrer par le temps de l’Avent qui nous prépare à la fête de Noël, c’est en réalité la fête du monde à l’envers. On nous annonce un monarque tout puissant, et c’est un enfant nu qui vient de naître sur la paille. En effet le malentendu est énorme. Le peuple juif espérait un libérateur, car il n’en pouvait plus de vivre sous le joug de l’occupant romain et sous la férule sournoise des collaborateurs issus de ses propres rangs.

          Ils attendaient un sauveur, et pour les juifs, ce sauveur ne pouvait être qu’un chef guerrier, prenant la tête de la résistance pour bouter l’ennemi hors des frontières.

          Mais c’est un d’un tout autre royaume dont parle Jésus et qui est tout à la fois incompréhensible pour Pilate et pour les juifs. Jésus vient, mais il est doux et humble de cœur, pacifiste avant l’heure. Le roi des armés est un roi désarmé. Cet enfant de la crèche sera un roi sauveur qui sera bafoué, rejeté, crucifié. C’est parce qu’il est un roi qui vient se donner totalement à l’humanité, que juste avant sa mort, il va s’agenouiller devant ses disciples pour leur laver les pieds, geste qui était réservé aux esclaves. Ce roi s’agenouille devant l’homme et il se veut esclave de l’homme.

Le royaume proposé par Jésus est à l’envers de ce que propose le monde. Il ne s’agit nullement d’écraser les autres, par le pouvoir, le savoir et l’avoir, il s’agit tout au contraire de construire un royaume où chaque homme, chaque femme, chaque enfant sera respecté dans toute sa dignité. Il est un livre dont nous connaissons peut-être le titre : "Dieu a besoin des hommes". Ce royaume nouveau Jésus nous invite à la construire avec lui, ce sera un monde où l’homme sera au centre et non le pouvoir financier.

          Alors comment ici et maintenant construire ce monde voulu par Dieu, c'est-à-dire où les hommes seront véritablement frères. Il y a quelques semaines, le 21 octobre, à l’Agora 10 associations humanitaires étaient présentes. 150 enfants ont pu découvrir comment chacune œuvrait pour que tous, en France et à l’étranger, se vive une réelle entraide et une véritable solidarité, en respectant la dignité de chacun Le week-end suivant toujours à l’Agora s’est tenu le congrès départemental du secours populaire français. Je connais bien cette association, j’ai eu des responsabilités départementales. J’ai fait parti pendant des années du conseil d’administration à Paris. Hommes et femmes d’opinions diverses, non croyants ou croyants, tous œuvrent au quotidien que les hommes, les femmes et les enfants soient soutenus dans les graves difficultés qu’ils rencontrent et quel bonheur de voir ces hommes et ces femmes qui étaient dans la détresse, prendre des responsabilités et se mettre à  leur tour au service de leurs frères en difficulté, pour moi croyant c’est là que se construit ce monde voulu par Dieu.
          Nous fêtons cette année le 20ème anniversaire des droits de l’enfant, le parvis de l’Agora, s’appelle maintenant parvis des droits de l’enfant. On entend dire parfois que l’enfant est roi, c’est vrai qu’il y a parfois des déviances, mais peut-on dire que l’enfant est roi, lorsqu’il est dénutri et qu’il meure de faim, lorsqu’il ne sait ni lire et écrire, lorsqu’on n’a pas les moyens de le soigner, lorsqu’on se sert de lui pour faire la guerre, faire en sorte que les droits de l’enfant soient respectés. C’est pour moi croyant, là encore, réaliser ce monde de paix et de fraternité voulu par Dieu. Certes nous le savons, nous ne sommes pas au bout de nos peines, il reste beaucoup de travail, il nous faut tous et toutes retrousser nos manches, qui que nous soyons, quoique nous pensions, par ce qu’il n’y a finalement qu’un seul combat qui vaille, c’est l’homme, il est dit dans un chant que tout homme est une histoire sacrée. Il est écrit dans le premier livre de la Bible que Dieu a voulu que l’être humain soit créé à son image et à sa ressemblance. Pour moi croyant quand on blesse un homme c’est Dieu qu’on blesse.

Remettre l’homme au centre de notre monde, c’est là encore construire le monde voulu par Dieu.