L’Evangile que nous venons de lire est riche de symboles bibliques. Essayons ensemble de les décrypter pour découvrir le sens et la signification de la multiplication des pains. Tout d’abord Jésus est souvent présenté comme le nouveau Moïse. Moïse avait libéré le peuple juif de l’esclavage lorsqu’il vivait en Egypte. Jésus lui est venu pour libérer définitivement le peuple de toutes ses entraves et de toutes ses vicissitudes. Il est venu pour donner la vie qui ne passe pas : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance ».
Jésus gravit la montagne. La montagne dans la Bible dans l’ancien comme dans le nouveau testament c’est le lieu privilégié de la rencontre et de la présence de Dieu. Aller à la montagne c’est aller à la rencontre de Dieu... C’est sur la montagne que Moïse a reçu les tables de la loi. La Transfiguration de Jésus a lieu sur la montagne et la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».
Sur la montagne, mieux que Moïse sur le Sinaï, Jésus est chez lui, il s’assoit sur la montagne, Jésus manifeste ainsi sa divinité, il invite aussi ses disciples à s’asseoir avec lui sur la montagne, il leur fait découvrir ainsi le projet du Père. Le Père a envoyé son Fils sur la terre pour nous faire partager sa vie divine.
C’était peu avant la fête de Pâques, la grande fête des juifs. Tous les
ans, c’est toujours vrai aujourd’hui, les juifs célèbrent la Pâque,
c'est-à-dire le passage de la mer rouge, après leur départ d’Egypte. Ils
ont passé la mer rouge à pieds secs, alors que l’armée du pharaon avait
été engloutie. Dieu avait sauvé son peuple. Moïse a conduit le peuple juif
vers la terre promise. Jésus, nouveau Moïse est le bon pasteur qui guide toute l’humanité vers le Père. Il est lui-même le chemin qui nous fait passer en terre promise : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Jésus lève les yeux et vit qu’une grande foule nombreuse venait à lui. C’est bien toute une foule nombreuse qui sous la houlette de Moïse avait quitté l’Egypte, emmenant ses biens et ses troupeaux. La foule nombreuse qui vient à Jésus symbolise toutes les foules innombrables, l’humanité toute entière retenue par l’esclavage du péché, que le Seigneur vient libérer et guider vers le Père.
Jésus dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ». Les hébreux dans leur marche au désert ont vite épuisé leurs réserves alimentaires. La faim les a vite gagnés . Ils ont souvent récriminé contre Moïse, allant jusqu’à regretter l’Egypte, certes ils étaient esclaves mais au moins, ils avaient à manger. Dans l’Évangile, Jésus prend les devant, ce qui est sûr c’est qu’il devine la faim de la foule et il s’enquiert auprès de ses disciples de ce qu’ils vont pouvoir faire pour nourrir cette foule. Une fois de plus Jésus est pris de pitié pour ces hommes et ces femmes qui le suivent et même le poursuivent. Il ne veut pas voir les gens défaillir en chemin. Ce pain est bien mieux que la manne du temps de Moïse, car en ce temps-là chacun devait ramasser sa nourriture. Ici Jésus fait asseoir la foule, et il l’a fait servir autant qu’ils veulent. Jésus met ses disciples à contribution, il les rend acteurs. Cinq pains et deux poissons, le peu dont ils disposent, est cependant à donner, à partager. Et le peu, le trop peu devient abondance, surabondance, pour que les foule soient nourries et rassasiées. Ils remplissent douze corbeilles avec les morceaux qui restent des cinq pains, après le repas, ces paniers de pains annoncent la véritable manne, le seul vrai pain venu du ciel, dira Jésus.
Cette page d’Evangile préfigure l’Eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche. C’est le pain que Jésus nous donne au soir de sa vie. « Ceci est mon corps ». Le Christ est notre pain, lui seul peut combler notre faim, il vient nous nourrir de sa Parole et fait de nous son Eglise en se donnant à nous, pour nous, à travers nous . C’est partout et jusqu’à la fin du monde que l’invitation du Seigneur retentit : « Prenez et Mangez ». Le Christ nous invite à nous faire nous-mêmes nourriture les uns pour les autres. Dieu notre Père, ton Fils a multiplié pour nous le pain. Il est offert pour la multitude. Nous le recevons, pain rompu pour notre faim. Que cette nourriture nous donne d’annoncer la vie à tous, ton règne d’amour, tu nous redis « faites ceci en mémoire de moi ». |