Voilà une page d’Évangile pour le moins étonnante et difficile à comprendre. Tout à la fois Jésus traite le gérant de trompeur et de malhonnête, mais en même temps il fait son éloge... C’est en effet incompréhensible. Voici donc un mauvais gérant de biens qui avec habileté trouve une combine pour se faire bien voir de ceux qui doivent de l’argent à son patron. Il trafique les factures, il brouille les comptes, il serait aujourd’hui condamné au tribunal pour détournements de fonds et malversations financières, et malgré tout cela, Jésus dit : « Ce gérant trompeur, le maître en fait son éloge ». Bien sûr Jésus n’est pas venu sur terre pour nous dire comment gérer nos affaires terrestres. Un jour on l’interrogeait sur l’impôt à payer à l’empereur romain, Jésus répondra : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Jésus regarde autour de lui, c’est un fin observateur du comportement de ses contemporains, et à partir de ce qu’il constate, il en tire des conclusions pour notre vie d’enfants de Dieu. Ce n’est pas les fausses factures réalisées par cet homme que Jésus veut louer. L’éloge de ce gérant ne porte pas sur sa malhonnêteté, mais sur son habileté à se tirer de sa mauvaise situation. En fait Jésus admire l’ardeur dont cet homme fait preuve pour se tirer de ce mauvais pas, et Jésus souhaite profondément voir autant d’ardeur chez les fils de lumière, c'est-à-dire chez les enfants de Dieu, et il constate que ceux qui se réclament de lui font parfois preuve de peu d’imagination et d’ingéniosité pour mettre en œuvre dans leur vie de tous les jours, les exigences de l’Évangile, tandis que ceux qui se laissent guider par leurs instincts savent déployer des trésors d’inventivité pour faire fructifier leurs affaires. Dans les moments difficiles que beaucoup traversent aujourd’hui, certains ont des baisses de salaire, d’autres n’arrivent plus à payer leurs charges ou leur loyer, le nombre de dossiers de surendettement déposés à la banque de France a fortement augmenté. Il nous faut suffisamment d’argent pour vivre correctement et de ne pas tomber en-dessous du seuil de pauvreté. Mais parfois nous demandons à l’argent autre chose, une forme de reconnaissance, une manière de nous rassurer sur ce que nous valons, sur ce que nous pesons face aux autres. Nous rêvons alors de gagner plus, pas seulement en fonction de nos besoins réels, mais avec l’illusion que plus notre compte en banque augmentera, plus nous aurons le sentiment d’exister et voir même d’être heureux. En fait, peu à peu, c’est l’argent que nous possédons qui nous possède. Certes nous ne voulons comme le gérant causer de tort à notre prochain, mais comme lui nous travaillons plus facilement à notre installation sur cette terre, plutôt qu’à développer notre vie d’amitié avec le Seigneur et notre vie fraternelle avec les autres... Nous entendons dire parfois : « Ils ont tout ce qu’ils veulent, il ne leur manque rien ! » Demandons au Seigneur qu’il change notre cœur et nous aide à revenir à l’essentiel. Car quand Jésus nous dit : « Faites-vous des amis avec l’agent trompeur » il veut nous rappeler que l’argent doit rester un moyen pour vivre décemment et non une fin en soi... L’argent doit rester un serviteur, il ne doit pas devenir notre maître, encore moins bien sûr une idole. Le Seigneur nous propose de nous en servir comme moyen de se faire des amis, mais si c’est possible en le partageant avec ceux qui en manquent ou qui sont en difficulté. Les biens de ce monde nous avons à les utiliser non en propriétaire égoïste, mais en gérant soucieux du bien de tous. Dès la création, Dieu a voulu nous confier la terre, nous laissant la responsabilité de la développer et de la gérer pas seulement pour notre profit personnel, mais pour le bien de tous. Car nous sommes ces gérants dont le Seigneur nous parle, ce sont les biens que le Seigneur nous a confiés, que ce soit le don de la nature, de l’intelligence, de la volonté, des biens matériels, mais aussi le don du cœur et de la foi. Comme le maître qui rentre de voyage et qui demande à ses intendants comment ils ont fait fructifier l’argent qu’il leur avait confiés en son absence. Le Seigneur nous dira aussi : « Rends-moi compte de ta gestion. Tous ces biens que le Seigneur nous a donné, utilisons les pour son amour et pour le bonheur de nos frères. Dieu notre Père, tu as créé le monde par amour et tu l’as confié à l’homme afin qu’il poursuive ton œuvre et prenne part à la venue de ton règne. Donne-nous de mettre nos cœurs et nos intelligences au service du royaume annoncé par ton Fils Jésus. Amen.
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