Aimer c’est tout donner et se donner soi-même, aimait à répéter Thérèse de Lisieux au fond de son Carmel. C’était pour elle une façon de résumer la vie terrestre de Jésus lui-même. Très vite cette parole m’est revenue en mémoire lorsque j’ai lu les demandes de l’abbé Paul pour la célébration de ses funérailles. Le cœur est en bien l’amour. D’ailleurs, lundi lors de la préparation, avec l’équipe des funérailles et du clocher de Beaumont, le responsable du mouvement chrétien des retraités, et plusieurs membres de la famille, nous nous sentis porter par les choix de l’abbé Paul. Certains m’ont fait la confidence que cette préparation les avait profondément touchés. Dans ses dernières volontés, l’Abbé Vanbremersch a beaucoup insisté sur la modestie de ses funérailles. Il voulait des funérailles simples comme tout le monde et surtout il ajoutait pas de panégyrique. Sans blesser sa modestie, nous pouvons retenir dans sa vie, comme dans la vie de tout être humain des lumières évangéliques qui peuvent aujourd’hui nous aider à marcher sur le chemin de nos existences humaines. Jeune prêtre , l’abbé Paul s’est interrogé, quel sens donner à sa vie, comment aimer le Christ ? Il a cherché sa vocation, il a eu des doutes. Il a vécu pendant trois ans comme moine au Mont des Cats, avant probablement de réaliser que le Seigneur l’appelait comme pasteur au milieu du monde. Nous avons tout à l’heure entendu son parcours apostolique. Pourquoi le cacher ? Dans ma jeunesse, je me suis aussi interrogé, comment répondre à l’appel du Seigneur, j’ai pensé aussi un moment à la vie monastique. Mais après tout contemplation et action ne s’entremêlent-elles pas ? En relisant la vie des hommes à la lumière de l’Evangile, nous pouvons y contempler la présence de Dieu. D’ailleurs il n’est pas étonnant de voir dans les monastères des moines et des moniales qui dans leur jeunesse ont eu des responsabilités importantes dans les mouvements de jeune de l’action catholique. Je crois que le cheminement de l’abbé Paul le rend très proche de nous, nous aussi, nous avons à nous interroger sur les sens de notre vie ! Dans sa modestie et sa discrétion, il cultivait l’amour évangélique du frère. J’ai appris hier que jusqu’à 65 ans il avait été donneur de sang, là encore action discrète mais combien importante. Dans la préparation de ses funérailles, plusieurs personnes ont témoigné combien il avait été très proche d’eux soit dans des moments joyeux ou douloureux. J’ai personnellement bénéficié du sens de l’autre de l’abbé Paul. J’ai entrepris de faire le jardin de Beaumont. C’est vrai cela me permettait de lui rendre des visites très régulières. Très souvent il m’attendait sur le pas de la porte, nous causions quelques instants, parfois je lui partageais mes soucis, le poids des différentes activités, il avait toujours un mot d’encouragement. Puis il venait me voir dans le jardin, il m’apportait toujours à boire. Il veillait sur le jardin. Quand j’arrivais, je m’apercevais qu’il avait effectué quelques travaux. Et il n’hésitait pas à faire visiter le jardin à ses hôtes. Et quand c’était le moment propice, il venait cueillir des légumes, pour faire la soupe qu’il préparait toujours lui-même. En deux ans de compagnonnage, j’ai appris à connaître l’abbé Paul et à l’aimer. Permettez moi de souligner une de ces toutes dernières homélies qu’il a faite dans cette église de Beaumont où il aimait célébrer la messe chaque mois. On m’a rapporté qu’il avait avec force, comme il savait le faire, interpellé les chrétiens présents, les invitant à prendre toute leur place dans la vie de l’Eglise, leur rappelant que l’avenir de l’Eglise dépendait d’eux. C’est le premier message qu’il nous laisse. Il rejoignait en cela ce qu’a dit le Pape Benoit XVI le 7 mars dernier en inaugurant une nouvelle paroisse à Rome : « Il est nécessaire que les mentalités changent à l’égard des laïcs, que l’on cesse de les considérer comme des collaborateurs du prêtre, pour les reconnaître coresponsables de l'être et de l’agir de l’Eglise ». Vous compreniez maintenant pourquoi, Paul a choisi pour ses funérailles le passage de le première lettre de Jean : « si quelqu’un dit j’aime Dieu et qu’il déteste son frère est un menteur, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ! Oui voilà le commandement que nous avons reçu de lui, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère ! Et l’Evangile de Matthieu : « chaque fois que vous l’avez fait à l‘un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». C’est l’autre message que Paul nous laisse. Aimer non pas en paroles mais par des actes et en vérité, non pas par des actes extraordinaires, mais dans la modestie, dans la banalité de nos vies quotidiennes. A sa façon, l’Abbé Paul a vécu la parole de la petite Thérèse : « aimer c’est tout donner et se donner soi-même ». |