11 avril 2010

2è dimanche de Pâques 

(année C)

 

 

   

          Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur. Certes, ils avaient de quoi avoir peur. C’est bien tout un climat de haine et de violence qui avait entouré la mort de Jésus déjà au jardin des oliviers, lors de l’arrestation de Jésus, ils s’étaient tous enfuis. Pendant le jugement de Jésus, la foule avait crié : « Crucifie le, crucifie le ! » Cette foule avait condamné à mort un juste Jésus, qui avait passé sa vie à faire du bien autour de lui, en faisant libérer par Pilate, Barrabas, un bandit de grand chemin. Pierre lui-même avait renié Jésus en proclamant par trois fois : « Je ne connais pas cet homme ». Ainsi les disciples ont une réaction bien naturelle et humaine. Cet acharnement contre Jésus aurait bien pu se prolonger contre eux. Ils prennent donc des précautions, pour que leur vie ne soit pas mise en danger, ils se cachent, ils s’enferment et verrouillent la porte.

          Thomas lui-même absent lors de la première venue de Jésus est marqué par les événements qu’il vient de vivre, il est finalement comme les apôtres. Eux comme lui, vivent dans la peur et la crainte. Il y avait bien eu quelques femmes qui avaient dit que le tombeau était vide et qu’un être mystérieux leur avait dit que celui qu’elles cherchaient, était ressuscité. Un seul, l’apôtre Jean avait vu et cru devant le tombeau vide. Thomas comme les autres apôtres et les disciples d’Emmaüs n’avaient pas compris que Jésus devait ressusciter. Car finalement, c’était totalement fou, totalement déraisonnable, inimaginable cette histoire de tombeau vide et de résurrection après la mort.

          En fait la réaction des apôtres est plutôt la preuve qu’ils étaient des hommes de bon sens, avec les pieds sur terre, des hommes réalistes. Ils auraient bien pu inventer de toutes pièces une belle histoire invraisemblable. Ils se seraient ainsi donnés le beau rôle. Mais ils n’ont pas caché leurs doutes et leurs hésitations. Ce qui rend possible et crédible leur témoignage.

          Lorsque Jésus apparaît, il commence tout d’abord par apaiser leur peur et leur crainte. Il dira : « N’ayez pas peur, c’est moi ! » car ils le prenaient pour un fantôme. Ici dans le passage de l’Évangile de Jean que nous venons de lire, Jésus dit par trois fois : « La paix soit avec vous ». Il leur adresse un message de paix et de confiance. Il veut  rassurer par sa présence fidèle et aimante ses disciples désemparés. Alors qu’ils sont encore tous saisis d’angoisse et d’ incrédulité, Jésus leur dit cette parole incroyable : « De même que le Père m’ envoyé, moi aussi je vous envoie ». Il veut les fortifier et leur donner sa force pour la mission qu’il leur confie : « Il répandit son souffle sur eux et leur dit, recevez l’Esprit Saint, tout homme, a qui vous remettrez les péchés, il lui seront remis, tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».

          Jésus voudra encore fortifier la foi de Thomas et des apôtres en disant : « Avance ton doigt, et vois mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté. Jean est le seul évangéliste, a signaler,  qui avait ouvert le cœur de Jésus d'où sortit du sang et de l’eau... Par ce geste que fait Thomas en touchant les plaies de Jésus, c’est l’ensemble des disciples qui réalisent que celui qu’ils ont en face d’eux, c’est bien le crucifié du calvaire. Jésus leur montre qu’il est la source de l’amour et de la vie.

          Ainsi se réalise cette parole de l’ancien testament qu’a rapportée Jean dans son Évangile : « De son sein couleront des fleuves d’eau vive ». Les premières communautés chrétiennes s’interrogeaient à propos de la Résurrection de Jésus, comme nous pouvons le faire aujourd’hui. Ils se rappelaient que Pierre avait dit lors de sa profession de foi que Jésus était le Messie, le Fils du Dieu vivant comme Marthe l’avait fait au moment de la résurrection de son frère Lazare. Mais aucun n’avait été si loin dans sa profession de foi, Thomas s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Dans l’ancien testament le nom de Seigneur était pratiquement réservé à Dieu, et donner à un homme Jésus le nom de Dieu était impensable et blasphématoire pour un juif. Thomas  déclare sa foi bien au-delà de ce que les apôtres avaient osé dire. Et l’Église gardera cette profession de foi en terminant beaucoup de ses prières, adressées au Père en disant qu’elle prie par Jésus Christ, son Fils, notre Seigneur et notre Dieu.

          En ce temps de Pâques nous sommes invités à renouveler notre foi au Christ vivant et ressuscité. Dans notre monde oser s’affirmer chrétien, ce n’est pas facile, encore moins proclamer notre foi en Jésus mort et ressuscité. Comme les apôtres, Jésus nous fait le même promesse. Il nous

dit :« La paix soit avec vous, recevez l’Esprit Saint ». Il nous dit encore comme à Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Il ne nous laisse pas orphelin : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

         Dieu notre Père, tu sais que nos cœurs sont lents à croire et que nos intelligences aimeraient avoir des preuves de ta présence. Toi qui as  ressuscité ton Fils jésus, nous te prions, ouvre nos yeux aux signes que tu nous donnes, enracine en nos cœurs la foi au Christ Ressuscité, notre Seigneur et notre Dieu, lui qui est vivant avec toi et le Saint esprit.

 Amen.