Jésus n’invente pas la parabole de l’enfant prodigue pour le plaisir de raconter une belle histoire. Cette parabole s’adresse aux scribes et aux pharisiens qui récriminaient contre lui parce que les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Certes le Seigneur Jésus était venu pour révéler l’amour de Dieu pour tous les hommes, mais l’accueil de son message était loin d’être unanime. Les scribes et les pharisiens ne supportaient pas que cet homme, Jésus, fasse bon accueil aux pécheurs et pire encore qu’il mange avec eux. Inviter à un repas était un acte important dans la vie de tout juif religieux, car il signifiait l’accueil. Mais pour manger ensemble, il fallait respecter un certain nombre de conditions, en particulier observer un certain nombre de règles et de préceptes. Pour manger ensemble, il fallait être pur. Ainsi les juifs en rentrant du marché devaient faire de nombreuses ablutions, laver abondamment les plats avec lesquels on allait préparer le repas, car ils avaient été au contact de toutes sortes d’impuretés, et il n’était pas question de se mettre à la même table avec des personnes considérées comme des pécheurs, c’était ainsi pactiser avec le péché et l’impureté et devenir ainsi soi- même pécheur. Dans la parabole de l’enfant prodigue, le retour du fils cadet , que l’on pouvait considérer comme un pécheur et un publicain, car il revenait de l’étranger, et il avait fréquenté des femmes de mauvaise vie, ce retour est fêté par un grand repas voulu par le père de famille : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez lui une bague au doigt, et de sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez le, mangeons et festoyons, et ils commencèrent la Fête ». Le fils ainé lui, s’enferme dans les préceptes et dans les lois, il n’est pas question qu’il mange avec un pécheur, et il est choqué que son Père ait pu préparer un tel repas. Il n’a dans son cœur aucune miséricorde et aucune tendresse, aucune compassion. Le fils aîné représente les scribes et les pharisiens, ces juifs scrupuleux, observateurs stricts de la loi de Moïse, sans prendre en compte les difficultés de la vie rencontrées par certains... Ils veulent à tout prix respecter ces traditions des anciens, que Jésus dénoncera vigoureusement de nombreuses fois, tout au long de sa vie publique. Tous ces fidèles stricts de la loi sont convaincus qu’en agissant ainsi, ils font la volonté de Dieu. Mais cette façon de faire dit Jésus dans cette parabole n’a pas cours chez Dieu. Jésus vient révéler qui est Père, le Père de la parabole, un père qui prend ses distances, contraintes humaines qui s’ajoutaient les unes aux autres depuis des siècles étaient devenues pratiquement inapplicables. Cela n’a plus rien à voir avec le dessein de l’amour de Dieu et son alliance avec les hommes. Dans l’ancien testament Jahvé disait : « Venez à moi , je suis doux et humble de cœur » et le Christ affirmera : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ». Lorsque nous lisons avec attention les évangiles, nous constatons, que de nombreuse fois Jésus participe à des repas, mais le plus souvent, il prend ces repas avec les paumés et les pécheurs. Cela peut nous faire penser à cette autre parabole où un maître prépare un grand repas, mais les uns après les autres, les notables qui avaient été invités, s’excusent les uns après les autres de ne pouvoir venir, et le maître enverra ses serviteurs inviter tous ceux qui traînaient dans les rues, souvent des moins que rien ! Les pharisiens en feront le remarque aux disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Une fois Jésus va répondre positivement à un pharisien, Simon, qui l’invite chez lui. Mais Jésus veut lui donner une leçon, il mettra en valeur la femme pécheresse, qui vient au cours du repas lui laver les pieds avec ses cheveux, en versant un parfum de grand prix, et à l’étonnement de Simon qui est choqué par ce geste accepté par Jésus, qui dit à Simon, :« Il lui sera beaucoup pardonné, car elle a beaucoup aimé !» Nous pouvons aussi nous interroger. Pourquoi Jésus a-t-il institué l’Eucharistie au cours d’un repas. En faisant cela Jésus était fidèle à la tradition religieuse juive. Il vit avec ses disciples le repas qu’avaient pris les juifs avec Moïse avant de fuir l’Egypte. C’est le repas pascal. Mais il est possible de dire qu’en faisant ce geste avant sa mort, en prenant un repas avec ses disciples, Jésus souhaitait que ces disciples prolongent ce que lui-même avait si souvent vécu. Il faudra que ses disciples continuent d’accueillir à la table du maître, tous les petits, tous les blessés de la vie, toutes les personnes en grande détresse, c’est lui qui les invite, et en les invitant, il leur fait participer à sa vie de Ressuscité. Nous comprenions mieux que l’Eucharistie, que la communion, ce n’est pas d’abord une récompense, ou encore qu’il n’y a que ceux qui sont parfaits et sans péché qui peuvent communier, en ce cas personne ne pourrait communier. L’Eucharistie c’est véritablement le repas du Seigneur auquel Jésus invite tous les pécheurs que nous restons à partager gratuitement son corps qui peut nous sauver. Dieu Père, plein de tendresse, tu aimes tous les hommes et tu ne fais pas de différence entre tes enfants, nous te prions. Fais nous éprouver dans nos vies la joie de ton pardon et fais de nous des acteurs de la réconciliation entre les hommes et toi qui nous dit ton amour en nous donnant ton Fils, Jésus le vivant. Amen. |