Juste avant l’épisode que nous venons de lire dans l’Évangile de Luc, Jésus a parlé aux foules des signes des temps. Le Seigneur voulant ainsi signifier l’urgence de la conversion du cœur, et voici que l’on rapporte à Jésus un évènement dramatique qui vient de se produire en Galilée : Pilate le représentant de l’empereur romain, celui que jésus rencontrera lors de son procès, vient de faire massacrer les galiléens qui offraient des sacrifices à Jahvé. Jésus saisit cette occasion pour inviter son auditoire à la réflexion. Dieu nous interpelle à travers les événements de la vie. Dans notre monde, où nous risquons tous de passer constamment d’un évènement à un autre, sans prendre le temps de nous arrêter, nous ne prenons pas le temps pour réfléchir à ce que nous venons de vivre, ne disons-nous pas dans notre langage familier qu’un clou chasse l’autre. C’est donc une première demande que nous pouvons faire au Seigneur, qu’il ouvre nos yeux, qu’il ouvre notre cœur pour que nous soyons attentifs à tout ce que nous vivons. Il était courant au temps de Jésus de penser que la maladie, ou la mort violente étaient la conséquence du péché. Un jour, nous trouvons cet épisode dans l’évangile, les apôtres ont croisé sur leur chemin un malade et ils avaient interrogé Jésus : « Est-ce lui ou ses parents qui ont péché ?» La réponse de Jésus est claire. Les galiléens qui viennent d’être massacrés n’étaient pas plus pécheurs que les autres galiléens... Et Jésus de prendre un autre exemple dramatique qui vient de se produire à Jérusalem : la tour de Siloé vient de s’effondrer, tuant dix-huit habitants de Jérusalem. Là encore dit Jésus ces victimes n’étaient pas plus coupables aux yeux de Dieu que les autres habitants de Jérusalem. A l’époque de Jésus, ii était aussi courant de penser que lorsqu’un malheur arrivait, c’était le signe de la punition de Dieu. Jésus refuse fermement et clairement cette interprétation. Dieu est Père, Dieu est amour, il n’est pas un justicier à l’image des dieux païens. Jésus dira lui-même : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance ! En reprenant ces deux événements, Jésus appelle à l’urgence de la conversion. Car notre vie peut s’achever brutalement, d’une manière inattendue, comme pour les victimes de deux catastrophes, c’est donc bien aujourd’hui qu’il faut nous convertir, et ce n’est pas un sentiment de peur ou de crainte qui doit dominer en nous, c’est un appel du cœur de Dieu qui veut notre bonheur, il veut pour nous une vie belle et fructueuse. Pour bien nous montrer que Dieu est patient avec nous, Jésus prend une parabole. Il s’agit d’un vigneron, qui avec patience prend soin de sa vigne, pour lui faire produire du fruit. L'image du figuier et du vigneron, que le Christ utilise dans la parabole, est celle qui conduit à la persévérance, à la recherche inlassablement d’une solution, conduisant à plus de vie. Se convertir c’est le mouvement de l’être qui fait le choix de se tourner vers Dieu, afin de se détourner de tout ce qui nous empêche de nous développer, de grandir, de porter du fruit. Mais le Christ est là à nos côtés, et rien n’est impossible à ses yeux, et que le Père nous accueille en nous offrant son pardon. En achevant notre méditation, contemplons pendant quelques instants le poster près de l’autel : l’arbre à l’avant-plan montre un chemin de croissance. Malgré la taille du champ et l’ampleur du travail, le personnage est à sa tâche. Patience ! Une cruche renversée rappelle le temps de l’abondance passée et à venir. C’est aussi un appel -invitant à se souvenir- de générosité de Celui qui a tout donné. On pourrait craindre que les « à quoi bon » finissent par nous atteindre. Nous sommes tous livrés à un monde en crise, mondialisé, où la souffrance est banalisée, l’injustice est quotidienne et les difficultés familiales sont présentes là où on se croyait peut-être protégé. Jésus est arrivé dans un monde presque pareil, un monde juif sans espérance… Il nous a fait découvrir qu’il était venu pour nous donner la vie, une porte s’est ouverte vers l’infini. Ce Dieu qui connaît nos limites, nous porte bien au-delà de l’horizon qu’on imagine. Durant les semaines qui mènent à Pâques, laissons le Vigneron nous travailler... |