dimanche 14 février 2010

6è dimanche du temps ordinaire 

(année C)

 

 

   

          Il est des symboliques fortes qui traversent toute la bible autant, l’ancien que le nouveau testament, comme la montagne dont il est question au tout début du passage évangélique que nous venons de lire. La montagne nous renvoie dans l’Ancien Testament tout particulièrement dans le désert du Sinaï au temps de Moïse. De nombreuses fois , Moïse avait gravi la montagne pour aller à la rencontre de Yahvé. C’est sur la montagne que se manifestait la présence de Dieu. C’est sur la montagne du Sinaï que Moïse a reçu les tables de la loi, qui manifestaient concrètement l’alliance entre Yahvé et son peuple. Ensuite Moïse redescendait de la montagne pour transmettre le message reçu de Dieu.

          Ici Jésus descend  de la montagne, il n’a pas à la gravir, puisque c’est là qu’il réside depuis toujours, car il est le Fils de Dieu. Mais en se faisant homme, Jésus descend de la montagne. Nous le rappelons d’ailleurs à chaque Eucharistie, lorsque nous proclamons notre foi en récitant le Credo : « Pour nous les hommes, et pour notre salut il descendit du ciel, il a pris chair de la Vierge Marie ». Et Jésus s’arrêta dans la plaine. Nous savons bien qu’habituellement, les êtres humains ne vivent pas sur les montagnes, mais plutôt dans la plaine qui symbolise ainsi notre terre tout entière. Et cette foule représente  ainsi toute l’humanité. Luc lui-même nous le rappelle. La Judée et Jérusalem ce sont bien des lieux où habitent les juifs, le peuple de l’alliance, mais en même temps, Luc évoque Tyr et Sidon, villes païennes, hors d’Israël. Ce sont bien tous les païens, toutes les nations qui sont invités par Yahvé. Tous ces peuples, juif et païen, sont bien les premiers d’un immense cortège qui arrive depuis 2000 ans de tous les lieux et de toutes les époques. Personne n’est exclu du royaume de Dieu. Le Christ qui descend de la montagne et qui vient, dans la plaine au milieu des hommes, annoncer la bonne nouvelle. A tous et à toutes, il vient dire l’amour de Dieu, qui veut faire alliance pas seulement  avec le peuple juif, mais qui fait alliance avec l’humanité toute entière, avec chacun et chacune d’entre nous. Le Christ étant lui-même par le don de sa vie, par sa mort et sa résurrection, l’Alliance nouvelle. Moïse était l’intermédiaire entre Yahvé et son peuple. Avec Jésus, il n’y a plus d’intermédiaire entre Dieu et l’humanité. C’est Jésus lui-même Fils de Dieu qui nous transmet le projet divin et c’est lui qui maintenant nous guide vers le royaume de Dieu, vers la terre promise. Nous savons que Moïse avait du mal à se faire entendre du peuple élu, ce peuple qui avait la nuque raide. Saurions-nous écouter Jésus et le suivre, lui le seul pasteur ?

          La suite de l’Évangile peut nous surprendre. La première phrase que Jésus prononce c’est : « Heureux vous les pauvres ». Déjà le prophète Jérémie, c’était la première lecture, au nom de Dieu mettait en garde le peuple élu contre toutes les sortes d’idoles et les de faux dieux.

          Il ne manque pas aujourd’hui encore d’idoles au cœur de notre monde, malgré la crise, la publicité invite toujours à consommer plus, à vivre dans le paraître, ces sont les forts qui dominent. Il existe par exemple dans les grandes villes, clubs des gagnants, où c'est bien l’argent, le pouvoir et la célébrité qui sont les témoins d’une réussite humaine. Les faibles n’y ont pas leur place. Notre société, de l’avoir et du paraître, met en avant la richesse et la reconnaissance sociale comme le but ultime à atteindre. Mais il nous faut bien comprendre le sens du mot pauvreté employé par Jésus. Jésus bien sûr ne glorifie pas la pauvreté au sens matériel. Cela serait choquant, dans notre société où cette année 1 000 000 de chômeurs arrivent enfin de droit, et 400 000 n’auront plus aucune ressource. Le pauvre dans le langage biblique n’est pas d’abord celui dont le compte en banque serait vide, ou serait surendetté. Le mot pauvre en Hébreu signifie selon les paroles même du Psaume : « celui qui n’a pas le cœur fier et le regard hautain » c'est-à-dire celui qui ne méprise, ni n’écrase l’autre, qui se satisfait de lui-même, en pensant que les autres n’ont qu’à se débrouiller. Il s’agit bien plutôt de celui qui vit dans l’humilité, qui reconnaît sa fragilité, tous ses manques, son incapacité à mener sa vie sans l’aide d’un autre, le Sauveur. Jérémie disait déjà : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur. Sortir de l’idolâtrie c’est commencer à prendre conscience qu’aucune suffisance matérielle, aucune reconnaissance sociale, aucune réussite ne suffit à donner sens à la vie.

 

Que le Seigneur vienne nous libérer de nos replis sur nous-mêmes.

Seigneur nous avons entendu les exigences de ta parole et nous te prions encore.

Que ta parole partagée fasse de nous les vrais artisans du royaume de Dieu,

où chacun et chacune aura sa place,

où tous et toutes seront reconnus comme faisant partie de ta famille,

la famille des enfants de Dieu !

Amen.