Nous venons d’entendre dans l’Évangile de Luc, le premier discours de Jésus qui se situe à la synagogue de Nazareth où Jésus a grandi et passé une grange partie de sa vie. Dans ce premier discours, Jésus cite un passage de l’Ancien Testament dans le livre du prophète Isaïe. C’était très important pour les premières communautés chrétiennes de signifier qu’ils inscrivaient Jésus dans les écritures, et non pas comme un exclu et un hors la loi. Il manque dans le passage cité par Luc la dernière phrase : « une vengeance pour Dieu ». Pour Luc le Dieu prêché par Jésus est un Dieu de miséricorde et non pas de vengeance. Nous pouvons penser dans l’Évangile de Luc aux paraboles de la miséricorde, comme la parabole de l’enfant prodigue. Nous sommes loin des images d’un Dieu vengeur, qui compterait les fautes et qui punirait. Ce n’est pas la représentation que Luc se fait de Dieu.
Il était très courant de lire ce passage d’Isaïe dans les synagogues, cela depuis plusieurs centaines d’année. Et rien ne changeait. Il y avait toujours au temps de Jésus autant de rejetés et d’exclus à cause de leur maladie physique ou mentale. Et voilà que Jésus ose affirmer : « Cette parole de l’écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle se réalise ». Le mot « aujourd’hui » est un mot clé dans l’Évangile de Luc. Ce mot y est employé 12 fois.
Par exemple : les anges aux bergers « aujourd’hui vous est né un sauveur », à Zachée « aujourd’hui le salut est arrivé dans cette maison », au bon larron alors que Jésus est sur la croix « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Aujourd’hui qualifie le ministère de Jésus, exorcismes, guérisons-libérations, annonces. Pour Luc l’Évangile n’est plus le temps de la promesse, c’est maintenant aujourd’hui le temps de la réalisation et de l’accomplissement. Dans la suite de l’Évangile de Luc, sera signifié la mise et l’accomplissement de la parole de Jésus, en particulier les activités de Jésus qui sont essentiellement des guérisons. C’est ainsi que sera signifié, la mise en œuvre du programme annoncé par Jésus à Nazareth. C’est bien ce que fait Jésus, il a guéri les lépreux, les aveugles, les boiteux. Il a annoncé la bonne nouvelle aux pauvres !
Deux mille ans après, nous lisons cette même parole et nous affirmons qu’elle s’adresse à nous aujourd’hui. Or nous constatons que dans notre monde d’aujourd’hui le mal et la souffrance sévissent toujours. Malgré les progrès immenses de la science depuis quelques décennies, il y a toujours des maladies de toute sorte, et de nouvelles maladies surgissent.
Où est donc l’action de Jésus ? Faut-il nous résoudre à admettre que la parole de Jésus ne s’accomplit pas, en tout cas, pas pleinement aujourd’hui. Aussi, nous pouvons nous interroger quel crédit pouvons nous accorder à la parole de Dieu ? Pouvons-nous faire confiance, mettre notre foi dans la parole de Dieu ?
Nous achevons en ce dimanche la semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens. Nous savons que Jésus avant son arrestation, dans l’Évangile de Jean, Jésus a prié longuement son Père pour l’unité, pour que ses disciples soient un. Malgré tous nos efforts et nos propres prières vendredi soir, nous étions rassemblés à l’église évangélique, avec nos frères protestants réformés et évangéliques pour prier pour l’unité des chrétiens. Et nous avons le projet de créer à Hénin un groupe œcuménique. Malgré tout cela, il peut nous sembler que le Père n’a pas tellement écouté, ni exaucé par la prière de son Fils, pour l’unité des disciples.
Alors faut-il comprendre l’aujourd’hui dont nous parle Jésus comme un vœu pieux qui ne se réalisera jamais ?
C’est une réelle question pour les croyants et pour chacun et chacune d’entre nous. Je vous disais tout à l’heure que Luc a omis la dernière phrase du texte d’Isaïe : « un jour de vengeance pour notre Dieu ». Voici que Jésus laisse tomber, omet de lire cette phrase, mais il met plutôt en pratique un autre passage du prophète Isaïe : « Dites aux cœurs défaillants : soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu qui vient, la rétribution divine, c’est lui qui vient vous sauver ».
Voilà ce que Jésus continue de faire aujourd’hui, il vient parler d’un Dieu qui se venge, en nous sauvant, en nous donnant son amour infini. Alors, une véritable espérance nous est donnée, ce n’est ni un rêve ni une parole vide de sens et de réalité, mais cette espérance nous enracine déjà dans l’unique « aujourd’hui » de l’amour que Dieu nous donne pour toujours.
« Dans notre Père, la parole proclamée au cœur de cette assemblée, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.
Que ton Esprit nous envoie porter à tous nos frères cette bonne nouvelle,
car tu es le Dieu d’amour qui nous aime et nous libère pour toujours ».
Amen.